L’Etat ivoirien opte pour l’allègement fiscal
09-04-2008

Confrontées à un mouvement de mécontentement des populations abidjanaises contre la cherté de la vie, les autorités ivoiriennes, pour éteindre ce front social, ont décidé des mesures d’allègement fiscal.

Par Louis S. Amédé, Abidjan

La déferlante sociale contre la cherté de la vie, qui avait déjà traversé Rome, Paris, Dakar, Bamako et Ouagadougou, n’a pas épargné la capitale ivoirienne en ce début avril. Excédées par la valse haussière déconcertante des prix de certains produits de première nécessité, aussi bien importés que locaux, les populations d’Abidjan ont spontanément pris d’assaut les rues de la capitale économique ivoirienne pour dire leur ras-le-bol. Pour contenir cette bronca qui tombait au plus mauvais moment – le jour où la Banque mondiale devait examiner, à son siège à Washington, l’aide à accorder à la Côte d’Ivoire en guise d’accompagnement dans la sortie de crise –, le gouvernement a paré au plus pressé. Il a décidé des mesures urgentes : « La suspension des droits de douane sur les produits de grande consommation que sont le riz, le savon, l’huile de palme raffinée, le lait, la tomate en conserve, le sucre et le ciment ; la réduction de moitié de la TVA sur ces produits qui passe de 18% à 9% ; la suspension de l’application de la taxe sur le développement de la culture du riz et du droit de trafic maritime, l’application stricte des mesures et une surveillance rigoureuse des prix sur l’ensemble du territoire ».

Lourde ardoise
Un peu plus de 5,8 milliards de FCFA. Telle sera l’ardoise de cette série de mesures à caractère temporaire, qui s’appliqueront jusqu’au 30 juin 2008, le temps que le comité interministériel de lutte contre la flambée des prix prescrive des solutions plus durables. Un sacrifice dont il est escompté qu’il se traduise par une détente relative de la tension inflationniste actuelle. En ne visant que des droits et taxes à la consommation (donc, en pratique, supportés intégralement par le consommateur final), le gouvernement escompte un effet, à défaut d’être immédiat, rapide. « Les impôts concernés étant incorporés dans le prix des marchandises, leur baisse ou leur suppression doit nécessairement entraîner une baisse conséquente des prix », précise, à cet effet, la direction générale des impôts.

Mesurettes éphémères
De solutions conjoncturelles du genre, pour contenir une envolée des prix de produits de première nécessité, l’Etat de Côte d’Ivoire n’en est pas au premier recours. Déjà l’année dernière il en avait fait usage pour endiguer toute augmentation des prix du carburant – alors que le cours international du baril de pétrole ne cessait de croître –, du gaz butane, du pain. Les effets ont été limités dans le temps. La hausse, qui tend à devenir incontrôlable, du cours de l’or noir ; la demande sans cesse croissante de matières premières, tirée par l’ogre chinois la montée en puissance de la production de biocarburant, sont passées par là. Pour contenir au plan national les effluves de la folle envolée sur le marché international du prix de la tonne d’huile de palme (passée d’environ 200 000 FCFA en 2006 à plus de 400 000 FCFA à fin mai 2007), du prix de la tonne de lait, qui a doublé en l’espace d’une année, du prix
de la farine, qui enregistre
une augmentation tout aussi importante, il eut fallu plus que des « mesurettes ». Les efforts de 2007 ont donc fait long feu ! Aidés en cela par des carences institutionnelles diverses. Notamment « une absence d’une réelle politique nationale visant à améliorer la compétitivité des produits locaux, contrôler rigoureusement les prix à la consommation, assurer la concurrence dans le secteur de la grande distribution » fortement déplorée par les populations.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est, cette fois-ci, attendu des pouvoirs publics qu’ils aillent plus loin que les mesures d’allègement fiscal prises par le président Laurent Gbagbo par ordonnance le 1er avril 2008. Si elles ont consenti à s’en contenter dans un premier temps, les populations espèrent que le Comité interministériel mis en place pour lutter contre la flambée des prix sortira du laboratoire avec « des mesures (elles) structurelles et concrètes de maîtrise des prix des denrées de première nécessité, de promotion et de renforcement de la compétitivité des produits locaux ». Pour les trois mois (avril, mai et juin), délai d’application des « mesures urgentes », les consommateurs sont appelés à la vigilance et à un rôle de gendarme pour « veiller à ce que les efforts financiers consentis par l’Etat soient traduits sur les étiquettes de prix et ne constituent pas un bénéfice supplémentaires pour les opérateurs économiques ».

Nouveau directeur pour les douanes ivoiriennes
Par Hance Gueye, Dakar


Un décret présidentiel a mis fin aux fonctions de Gnamien Konan le 31 mars dernier, alors qu’il se trouvait à Paris. Le changement, qui n’a pas été expliqué officiellement, a été brutal. Konan n’a pas été informé et le nouveau directeur n’assure, selon le décret, qu’un intérim. Un changement dans l’urgence qui laisse penser qu’il y a problème. Il s’agirait vraisemblablement de la candidature de l’ex-directeur général à la prochaine élection présidentielle ivoirienne. Sans lier les deux faits, le quotidien gouvernemental ivoirien Fraternité Matin rappelle cette déclaration de candidature. Gnamien Konan avait pris la direction des douanes ivoiriennes en 2001, à la suite d’un appel à candidature du nouveau régime ivoirien qui venait de s’installer au pouvoir. Le procédé, fortement encouragé par les institutions de Bretton Woods, avait-on dit, marquait une réelle rupture. M. Konan n’avait aucune relation particulière avec le nouveau pouvoir et ne devait sa nomination qu’à ses compétences techniques. Son bilan à la tête des douanes ivoiriennes a été jugé très bon. Malgré la division du pays, qui prive l’Etat central d’une bonne partie de ses revenus, les recettes douanières n’ont cessé d’augmenter. 700 milliards FCFA en 2006, 725 en 2007 et 823 attendus cette année. Son successeur, le colonel Mangly Alphonse, contrairement à lui, est un pur produit des douanes. Diplômé du cycle supérieur de l’Ecole normale (option douane), cet administrateur finan-cier rejoint son corps en 1987. Vérificateur jusqu’en 1990, il est ensuite nommé chargé d’études, avant de prendre la direction du Bureau des valeurs en 1993. Puis sous-directeur technique, directeur des ressources humaines avant d’être nommé, presque naturellement, directeur général adjoint en 2001. Sa nomination a été accueillie avec joie par son corps qui se réjouit de voir l’un des siens récupérer un poste qu’ils estiment leur revenir de droit. Contrairement à son prédécesseur qui n’avait pas de lien avec le pouvoir, le nouveau directeur revendiquait son appartenance au Front populaire ivoirien bien avant même son arrivée au pouvoir.