Bénin-Niger : querelle de taxe au port de Cotonou
02-05-2008

Les deux chefs d’Etat ont dû monter au créneau pour désamorcer une crise générée par de nouvelles taxes portuaires.

Par Aliou Diongue, Dakar

Au début du mois de février, le Port autonome de Cotonou a saisi la Chambre de commerce du Niger d’une correspondance l’informant de l’application, à partir du 1er avril, d’une taxe de 5% sur toutes les marchandises transitant par ce port. En réaction, les opérateurs économiques du Niger ont menacé de boycotter ce port si la mesure de relèvement de 5% des taxes applicables à toutes les marchandises traitées par le port de Cotonou était appliquée.

« Certains produits enlevés chez nous et théoriquement destinés au Niger se retrouvent en fait sur les marchés béninois, togolais et nigérian, ce qui entraîne un manque à gagner pour ceux qui paient régulièrement leurs taxes. »

Lomé et Abidjan en embuscade
A Lomé, et davantage encore à Abidjan, on s’est frotté les mains à l’idée de récupérer tout ou partie du fret maritime nigérien. « Le port de Lomé va-t-il récupérer une partie du fret du Niger ? », interrogea le 26 mars le site officiel du gouvernement togolais pour répondre aussitôt : « Hypothèse probable ».
Pour sa part, le port d’Abidjan a, le 27 février, dépêché une mission à Niamey chargée de convaincre les opérateurs économiques nigériens de reprendre l’utilisation du port ivoirien qui leur était devenu inaccessible depuis le déclenchement de la guerre en Côte d’Ivoire. Après avoir ouvert une représentation à Niamey, les Ivoiriens ont fait des propositions fort alléchantes aux Nigériens : facilités financières pour compenser le coût élevé
du transport par voie terrestre entre
les deux capitales distantes de 1708 km, voire transport du fret nigérien par rail jusqu’au Burkina-Faso puis entreposage à Ouagadougou, une ville distante de seulement 500 km de la capitale nigérienne.
Niamey et Cotonou ont une lecture différente de cette taxe. Les Nigériens évoquent le contexte difficile marqué par un renchérissement du prix des denrées de première nécessité. A Cotonou, on se justifie en parlant de l’application d’un accord qui ne l’avait pas encore été jusqu’à présent. Et l’on parle plutôt d’une caution qui serait reversée aux Nigériens une fois qu’il aurait été prouvé que les marchandises enlevées sont effectivement arrivées et mises en vente sur le marché de Niamey.

Simple scène de ménage
Issa Badarou, conseiller du président béninois pour les transports, a tenté de calmer le jeu, estimant qu’il ne s’agit que d’ « une scène de ménage » et certainement pas d’ « une rupture ». M. Badarou a cependant regretté que « certains produits enlevés chez nous et théoriquement destinés au Niger se retrouvent en fait sur les marchés béninois, togolais et nigérian, ce qui entraîne un manque à gagner pour ceux qui paient régulièrement leurs taxes ».
Le problème est apparemment plus global et plus profond qu’il n’y paraît. Il tendrait à refléter, au moins partiellement, l’une des faiblesses du système sous-régional des échanges commerciaux. Le problème révèle en même temps l’importance du Niger pour l’économie de pays comme le Bénin, le Togo ou la Côte d’Ivoire. L’enclavement du Niger présente en effet une opportunité économique pour ses voisins qui ont une façade maritime.
A l’exception du Bénin lui-même, le Niger est le principal utilisateur du port de Cotonou. C’est notamment par Cotonou qu’est évacué l’uranium extrait au Niger par le groupe français Areva.

Difficultés financières
Mais le port de Cotonou n’est pas dans une forme étincelante et cette santé relative explique sans doute la réévaluation des taxes. Il est confronté à des difficultés financières liées à une dette contractée par l’Etat béninois. Un nouveau directeur général y a pris fonction le 15 novembre 2007. Sa mission essentielle : l’amélioration des performances du port.
Aussi bien, à Cotonou, on a pris très au sérieux la menace nigérienne. Le 1er avril, le jour même où devaient entrer en vigueur les nouvelles taxes, le président Boni Yayi a dépêché à Niamey, auprès de son homologue nigérien Mamadou Tandja, son ministre de l’Economie et des Finances. Parallèlement, des responsables du Port autonome de Cotonou rencontraient les opérateurs économiques nigériens. Ceux-ci ont cependant campé sur leurs positions.
Les Nigériens ont déjà boycotté le port de Cotonou pour les mêmes motifs et c’est l’ancien président, Mathieu Kerekou, qui avait désamorcé la crise.