«La crise alimentaire va durer 5 à 10 ans»
01-07-2008

La crise alimentaire va durer 5 à 10 ans, estime Michel Danet, secrétaire général, qui nous fait son bilan au terme de ses dix ans à la tête de l’Organisation mondiale des douanes.

Michel Danet, secrétaire général de l’OMD.
Michel Danet, secrétaire général de l’OMD.

Propos recueillis par Mamadou Lamine Diatta, Dakar

Les Afriques : Vous allez dans quelques semaines terminer votre mandat à la tête de l’Organisation mondiale des douanes. Quel bilan pouvez-vous tirer ?
Michel Danet : J’ai essayé de donner beaucoup plus de visibilité à l’OMD. Nous sommes une organisation technique mais nous devons prendre en compte les changements d’environnement dans les domaines politique, économique et social. Nous devons travailler sur des points d’actualité. Ce qui m’a le plus marqué, c’est qu’en plus du travail traditionnel en matière de facilitation des échanges commerciaux et de lutte contre la fraude, nous avons dû trouver des ressources supplémentaires pour faire face à des crises que nous n’attendions pas, comme celle de la vache folle, de la grippe aviaire, la piraterie ou la contrefaçon.

« Il faut que les Gouvernements disposent de douanes capables d’empêcher ce mouvement spéculatif, parce qu’au bout de la chaîne il y a des gens qui vont mourir de faim. Et cela est inadmissible. »

LA : Quels ont été les impacts de ces crises sur nos économies ?
MD : Vous savez que nos consommateurs demandent à être protégés. Leur problème n’est pas de savoir si c’est la douane, les vétérinaires ou la police qui protège. Ce qui leur importe, c’est la protection. On a eu les attaques du 11 septembre 2001, mais surtout cette crise alimentaire mondiale qui touche une cinquantaine de pays à travers le monde,
et il est certain que les Gouvernements vont prendre des mesures douanières. Cependant, je ne suis pas persuadé que nos douanes aient la capacité de mettre en œuvre les mesures de leurs Gouvernements.

LA : En quoi la crise alimentaire mondiale intéresse-t-elle les douanes ?
MD : Cette crise nous intéresse parce que les Etats sont obligés de prendre des mesures comme l’interdiction d’exportation pour pouvoir alimenter les marchés locaux. Est-ce que les douanes savent bloquer les exportations ? Il faut dire aussi que l’importation des produits alimentaires à droit de douane zéro limite les recettes budgétaires. Ce sont des problématiques douanières actuelles. Il faut que les Gouvernements disposent de services douaniers capables d’effectuer ces enquêtes, ces investigations, en somme des douanes capables d’empêcher ce mouvement spéculatif, parce qu’au bout de la chaîne il y a des gens qui vont mourir de faim. Et cela est inadmissible.

LA : Quelles sont les solutions proposées par l’OMD sur la crise alimentaire mondiale ?
MD : Justement, la crise vient d’éclater et je prévois de la mettre à l’ordre du jour du Conseil mondial des douanes qui va se dérouler durant ce mois de juin à Bruxelles. Je demanderai aux directeurs généraux des douanes africaines de m’aider à trouver des solutions parce que les Européens ne sont pas très touchés par cette crise, mis à part le volet augmentation des prix. Vous savez, l’OMD compte quelque 50 pays en développement parmi les plus pauvres en Afrique, en Amérique latine et un peu en Asie. Et croyez-moi, c’est une crise qui va être longue. Nous sommes partis pour 5 à 10 ans de crise alimentaire dans le monde. Cela veut dire que les Gouvernements doivent réagir fortement indépendamment de la spéculation.

LA : Quels sont aujourd’hui les défis des douanes mondiales ?
MD : Le problème des douanes dans le monde, c’est comment réguler le commerce mondial pour qu’effectivement aucun pays ne soit marginalisé par rapport à la globalisation. Le deuxième enjeu, c’est comment protéger nos espaces nationaux, comment protéger nos peuples contre des fléaux qui peuvent nous frapper, et surtout comment prévoir des outils pour faire face à des crises que nous n’avions absolument pas imaginées. Heureusement à ce jour, l’OMD, c’est 173 pays membres. Ces pays gèrent 98% du commerce mondial. Ils facilitent ainsi les échanges commerciaux et saisissent 60% des drogues à travers le monde. Notre organisation est dotée aussi d’un budget de 13 millions d’euros pour 105 collaborateurs. C’est plus une organisation technique intergouvernementale, la matière douanière a des conséquences politiques, sociales et économiques extrêmement importantes.