Cameroun : « L’interlocuteur fiscal unique a amélioré le recouvrement »
09-07-2008

La réforme des impôts au Cameroun a consacré l’interlocuteur unique pour les contribuables. Le directeur général, Laurent Nkodo, s’en félicite et annonce la télédéclaration.

Propos recueillis par Chérif Elvalide Sèye, Dakar

Les Afriques : Monsieur le Directeur, comment se présente la direction générale des impôts du Cameroun ?
Laurent Nkodo : La direction des impôts du Cameroun a été érigée en direction générale depuis 2005 par décret du chef de l’Etat. A la base de cette décision, il y a le souci de prendre en compte l’accroissement de ses missions en lui donnant plus de marge de manœuvre. Pour l’essentiel, la structure est responsable de l’émission, du contrôle et du recouvrement des différents impôts et taxes en vigueur au Cameroun. Au plan organisationnel, l’administration fiscale camerounaise est progressivement passée d’une organisation par type d’impôts à une organisation par type de clientèles, avec en toile de fond la consécration de l’interlocuteur fiscal unique.

LA : En Afrique, l’importance du secteur informel se traduit par l’étroitesse de l’assiette fiscale. Comment cette situation se présente-t-elle au Cameroun ?
LN : Comme de nombreux autre pays en voie de développement, le Cameroun éprouve des difficultés en matière de captation des revenus issus des activités déployées dans le secteur informel. La conséquence en est que la charge fiscale est majoritairement supportée par une poignée de contribuables qui se plaignent ainsi d’une forte pression fiscale.
A titre d’illustration, plus de 90% des recettes fiscales internes sont prélevées par la Division des grandes entreprises (DGE) et les Centres des impôts des moyennes entreprises (CIME).
Il est donc constant que se pose dans notre pays, comme ailleurs, un véritable problème d’inégale répartition de la charge fiscale qui aboutit à la rupture du principe d’égalité devant les charges publiques.

LA : Êtes-vous satisfait de l’état actuel des recettes fiscales ?
LN : Les différentes réformes que nous avons menées jusqu’ici ont permis une progression fulgurante des recettes fiscales au fil des années. La DGI a multiplié par cinq ses performances au cours des quinze dernières années. Les recettes sont ainsi passées de 166,6 milliards en 1991/1992 à 936,1 milliards en 2007, soit un taux de progression de 408%.
Je dois néanmoins relever pour le déplorer que la pression fiscale qui, au regard des standards internationaux, devrait normalement se situer autour de 25%, reste encore faible dans notre pays. Elle tourne en effet autour de 13%. Cette situation est largement imputable au fait que la majorité des contribuables reste encore logée dans le secteur informel, comme je l’ai indiqué précédemment. C’est dire qu’il existe encore d’importantes marges de progression que les réformes en cours et annoncées devraient nous permettre de rattraper.

« Les recettes sont ainsi passées de 166,6 milliards en 1991/1992 à 936,1 milliards en 2007, soit un taux de progression de 408%.»

LA : Quelles améliorations pensez-vous pouvoir encore apporter ?
LN : Nous prévoyons dès l’année prochaine, outre la finalisation du cadastre fiscal, la réalisation d’interconnexions entre les applications informatiques existantes, le logiciel MESURE de la Division des grandes rntreprises, le logiciel de renseignement fiscal AREN et le logiciel de l’Identifiant unique (IDU).
A moyen terme, l’interconnexion entre la direction générale des impôts et la direction générale du trésor et de la coopération monétaire et financière devrait assurer à l’administration fiscale une meilleure maîtrise des règlements liés aux importations.

LA : Quel était l’objet de votre réunion à Dakar ?
LN : Dakar a été choisi par le Centre de rencontres et d’étude des dirigeants des administrations fiscales pour abriter le séminaire des directeurs sur le thème « la relation de l’administration fiscale à l’usager : accueil, assistance et téléprocédures ». C’est un thème d’actualité car la plupart des administrations fiscales qui se veulent modernes se sont engagées dans des réformes en profondeur pour aménager des relations de partenariat avec les contribuables, qu’on appelle dorénavant d’ailleurs sous d’autres cieux des clients.