«Notre problème est que nous ne savons pas communiquer !»
17-07-2008

M. Mansouri, directeur général de l’Agence de développement de l’investissement en Algérie, répond aux interrogations qui se posent sur le climat des affaires et la facilitation des investissements en Algérie.

Par Ihsane El Kadi, Alger

Depuis quatre mois qu’il est à la tête de l’ANDI, Abdelkrim Mansouri veut se mettre à la norme mondiale : « Beaucoup d’investisseurs étrangers me disent après la lecture du code des investissements c’est incroyable, c’est ça l’Algérie ! Notre problème est que nous ne savons pas communiquer. Il y a un tel décalage entre notre attractivité dans les textes et l’image que nous en donnons ». Priorité donc à la visibilité de l’offre d’accueil algérienne. « Je sais qu’en dollars investis par taille du PIB ou par tête d’habitant, nous restons en dedans par rapport à nos voisins, même si ANIMA (réseau euro-méditerranéen sur l’investissement) nous place en tête en 2007 en termes absolus pour l’accueil des IDE. Mais je pense qu’il faut cesser de nous comparer à la Tunisie et au Maroc. Les mathématiques m’ont appris à mettre les dénominateurs en commun avant de comparer. La Tunisie a adopté sa première loi de l’investissement en faveur du privé en 1974, l’année ou l’Algérie s’engageait dans des nationalisations tous azimuts. Si on ajoute la décennie de violence… ».

Les porteurs de projets ne veulent pas dénoncer la corruption
L’attractivité de l’Algérie pour les IDE est avérée – 20 milliards de dollars entre 2002 et 2007 hydrocarbures compris – mais pas encore assez convertie en projets. Parmi les bonnes nouvelles de 2008, M. Mansouri est heureux d’annoncer une « avancée extraordinaire » sur l’un des deux obstacles les plus cités depuis dix ans dans les enquêtes sur le climat des affaires : l’accès aux assiettes foncières s’est détendu grâce à une nouvelle agence (ANIREF) qui « cherche à travers les 48 wilayas (départements) du pays les terrains privés ou publics susceptibles de devenir des sites d’activité, les recense et les met sur son site web à la disposition des promoteurs. En toute transparence ».
Le crédit bancaire, l’autre obstacle historique à l’acte d’investissement en Algérie ? « Les banques étrangères implantées en Algérie sont accusées à tort de ne financer que l’importation de biens. Pas plus tard que cette semaine, une grande banque française était là pour obtenir l’assistance de l’ANDI dans l’extension rapide de son réseau, et pour que nous lui indiquions les bons projets d’investissements à financer ». Et si le prochain rapport de la Banque mondiale sur l’investissement en Algérie (non encore publié) devait signaler « l’émergence de la corruption » comme nouvel obstacle devant les promoteurs, comme l’affirment des indiscrétions ? Abdelkrim Mansouri ne veut pas se laisser démonter par l’effet d’annonce : « Je connais les gens qui rédigent ce type de rapports. Tous mes collègues des agences d’investissements dans le monde ont été un jour ou l’autre confrontés à des appréciations à l’emporte-pièce. Nous avons toujours demandé aux porteurs de projets de dénoncer les requêtes anormales et les blocages manifestement liés à un abus de position. Personne ne le fait jamais. Du reste, la loi est claire chez nous. Il existe un régime général avec ses avantages et « un régime zone à développer » avec plus d’avantages. Notre personnel n’arbitre pas, il applique les textes. L’ANDI est tenu de délivrer sous 72 heures sa décision et je veille personnellement à ce que cela soit le cas à travers les 14 guichets uniques que nous avons à travers le pays ».

La courbe la plus ascendante de la région
Mais alors d’où provient ce sentiment largement partagé que les projets d’investissements aboutissent plus difficilement en Algérie qu’ailleurs dans la région Meda ? M. Mansouri veut d’abord rétablir la « vérité de la courbe des IDE depuis 2003 » : c’est en Algérie qu’elle est la plus ascendante. Elle le restera d’ici à 2010 avec des investissements étrangers annoncés dans l'immobilier et le tourisme (5 milliards de dollars), l'aluminium (7,5 milliards), les fertilisants (3,8 milliards), la pétrochimie (3 milliards), l'acier (2 milliards) et la santé (360 millions de dollars). Il reste que les très gros projets demandent quelque temps de maturation. « Tout le monde évoque les lenteurs autour des projets de Emmar (numéro un arabe de l’immobilier), mais ce qu’il faut voir, c’est tous les terrains qu’il faut libérer pour de tels projets ». « Il existe aussi des projets stratégiques concurrentiels sur notre bureau. Nous devons bien voir lequel est le plus convenable pour l’économie algérienne. Nous n’allons pas dire oui uniquement parce qu’il s’agit d’un frère arabe ou d’un grand label international ».