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16-03-2011

Le monde redoute une catastrophe nucléaire majeure. Après Tchernobyl en 1986, Fukushima en 2011 pourrait marquer un tournant majeur dans l’utilisation de l’énergie nucléaire civile. Un nouveau paradigme nucléaire est inévitable dans le monde et en Afrique, où certains pays étudient les possibilités de résoudre le déficit énergétique chronique par l’atome.

« Je considère que la situation actuelle, avec le séisme, le tsunami et les centrales nucléaires, comme étant d’une certaine manière la plus grave crise en 65 ans, depuis la seconde guerre mondiale ». C’est en ces termes que le Premier ministre nippon, Naoto Kan, exprimait son émotion suite au séisme de magnitude 8,9 qui a déplacé, vendredi, la principale île de l’archipel du Japon de 2,5 m par rapport à son axe initial et fait plus de 10 000 morts ou disparus en deux jours.

S’il est sérieux, l’incident est à situer dans une échelle moindre que Tchernobyl. « Nous ne sommes pas en présence d’une explosion nucléaire de type Tchernobyl, mais d’une explosion d’origine chimique liée à l’hydrogène. »

Des millions de personnes sont privées de gaz et d’électricité. Le poisson-chat Numazu qui, selon l’imaginaire, porte le Japon sous son aile protectrice, n’a rien pu faire. Encore moins les normes antisismiques les plus avancées, les prévisions sismiques les plus avant-gardistes.

 

1000 fois la dose acceptable

C’est la catastrophe la plus dévastatrice depuis Hiroshima et Nagasaki, deux villes-martyrs où seront larguées deux bombes atomiques les 6 et 9 août 1945, qui faucheront plus de 110 000 vies. Ce terrible souvenir n’empêche pas l’archipel nippon d’être un adepte inconditionnel de l’énergie nucléaire civile, garantie d’un coût kilowatt bon marché et paramètre de compétitivité des grands conglomérats japonais tournés vers l’export.

Si durant le long cycle d’expansion économique continue les opposants au nucléaire civil ont finis par baisser les rideaux, ils reviennent au premier plan par la force des événements. Moins de 24 heures après le séisme, une explosion est signalée à la centrale nucléaire de Fukushima, à 250 km au nord de Tokyo. C’était samedi à 6h 36 GMT, suite à une violente secousse qui a fait tomber le bâtiment abritant le réacteur nucléaire n°1.

La suite des événements tient lieu d’un succédané d’escalades d’urgence quasi hollywoodien. Un nuage blanc qui s’élève du site, poussant les autorités à distribuer de l’iode aux riverains et à faire évacuer les habitants les plus exposés. Puis, le système de refroidissement du réacteur numéro deux qui tombe en panne, poussant les équipes sur place à vouloir y injecter de l’eau de mer pour éviter la forte surchauffe. Selon les experts, dimanche matin, le taux de radioactivité avait atteint 1000 fois la dose acceptable au sein de la centrale et à 400 fois dans un rayon de 80 km.

 

Après l’explosion du samedi, Fukushima était de nouveau, lundi, au centre de toutes les interrogations, suite à deux nouvelles explosions sur le réacteur numéro trois, dont le toit a été soufflé au moment même ou une nouvelle secousse tellurique de magnitude 5,8 était signalée.

Les autorités japonaises, encouragées par l’AIEA, ont élargi de 10 à 20 km le cercle de prudence autour de la centrale. Près de 215 000 personnes ont été évacuées. Dimanche dernier, les statistiques officielles faisaient état de 160 morts, sûrement irradiés, dans la première centrale.

 

Le syndrome de Tchernobyl

S’il est sérieux, l’incident est à situer dans une échelle moindre que Tchernobyl. « Nous ne sommes pas en présence d’une explosion nucléaire de type Tchernobyl, mais d’une explosion d’origine chimique liée à l’hydrogène », indique l’autorité française de sûreté nucléaire. Si à Tchernobyl, les réacteurs avaient continué à tourner, au Japon, les moteurs sont arrêtés depuis 24 heures. Malgré ce message rassurant et cette comparaison prématurée, les incidents se multiplient sur les sites nucléaires japonais, avec des élévations de températures, des hausses de radioactivité, des pannes de refroidissements. Cet épisode japonais relance de par le monde le débat sur le nucléaire qui, dans ses premiers pas, a évolué d’abord dans la sphère du public avant d’opérer un virage discret vers le privé, où, c’est connu, la rentabilité prime souvent sur la sécurité. La Tokyo Electric Power (TEPCO), première compagnie au monde, gérait un immense champ nucléaire. Le groupe a réalisé un bénéfice net de 1,19 milliards d’euros entre avril et décembre 2010, contre une perte colossale sur la période précédente. Cette rentabilité subite ne traduit-elle pas un désinvestissement sur l’aspect sécuritaire ?

 

Des dangers de la course au nucléaire en Afrique

Voir un pays moderne aussi bien régulé que le Japon dans l’incapacité de maîtriser ses centrales au lendemain d’une catastrophe majeure pousse les chauds partisans du nucléaire à reconsidérer l’équation avec de nouveaux paramètres. En 1986, les fuites de Tchernobyl avaient été mises sur le dos d’un système soviétique en déliquescence, évoluant sans normes et dans l’opacité totale. En 2011, c’est un joyau ultramoderne, en étroite coopération avec l’AIEA, les USA et la France, qui menace le Japon et le monde. Si Eric Besson, ministre français de l’Energie s’est empressé de minimiser le problème, il n’en reste pas moins qu’un débat nouveau se profile derrière Fukushima. Qu’en sera-t-il désormais de la course au nucléaire en Afrique ?

Jusque-là, l’argument de ceux qui sont contre une telle prolifération se limitait au coût et à l’incertitude du traitement des déchets radioactifs. Les partisans répliquaient en brandissant le bilan carbone extrêmement bas de l’énergie atomique par rapport aux énergies fossiles.

Le délestage chronique, le déficit (la capacité installée en Afrique subsaharienne équivaut à celle de l’Espagne, soit 74 GW) et la faillite des vieilles centrales thermiques implantées dans les années 70 faisaient le reste.

Les politiciens africains étaient donc séduits par cette « énergie propre », à commencer par les Sud-Africains. En partenariat avec la France, le pays de Mandela a mobilisé 30 milliards de dollars pour, d’ici 2030, parachever son programme nucléaire qui vise une production de 9600 MW via la construction de 6 EPR (Evolutionary Power Reactor).

Actuellement, le pays possède deux centrales qui assurent à Eskom environ 5% de sa production d’électricité. D’autres pays dont l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, l’Angola, sans y aller franco, n’écartent pas définitivement cette solution du nucléaire.

Ainsi que l’écrivait dans ces colonnes, Thierry Téné (www.lesafriques.com), expert de la croissance verte, l’Algérie a déjà deux réacteurs nucléaires et envisage de se doter de centrales nucléaires civiles avec la coopération sud-coréenne et sud-africaine, préférée au français Areva. Le pays compte acquérir deux centrales respectivement de 2400 MW d’ici 2027 et 1000 MW à l’échéance 2022 avec l’expertise sud-africaine et ce pour dessaler l’eau de mer et produire de l’électricité. L’Egypte envisage elle aussi la construction d’une centrale nucléaire de 1000 MW à l’horizon 2020. Reste à savoir, après Fukushima, si le nucléaire civil est toujours un mal nécessaire.

 

A.W.

Le Tsunami japonais se propage dans les places financières

Les assureurs et les réassureurs sont les premières valeurs à faire les frais des spéculations et des inquiétudes du marché suite au séisme de vendredi. La catastrophe pourrait coûter 34,6 milliards de dollars, selon les estimations de Air Worldwide, spécialiste de l’évaluation du risque. Dimanche, la Banque centrale japonaise annonçait qu’elle allait injecter massivement des fonds sur les circuits de financement pour stabiliser l’activité. La structure régalienne annonçait lundi qu’elle allait encore augmenter son programme d’achat d’actifs à hauteur de 44 milliards d’euros. En trois jours, la Banque du Japon aura ainsi consacré 136 milliards d’euros aux structures de financement, un geste sans précédent, déployé alors que le pays du Soleil levant était en proie à la plus grande catastrophe naturelle de son histoire.

De son côté, la compagnie japonaise d’électricité Tepco annonce un rationnement d’électricité dans les régions de l’est et un plan d’urgence qui durera, au moins, jusqu’à la fin avril. Gestionnaire des principales centrales nucléaires touchées, dont celle de Fukushima, Tepco a vu son cours boursier perdre 23,57% entre vendredi et lundi 14 mars. La Bourse de Tokyo clôturait lundi en baisse de plus de 6%.

 
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