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Journal en ligne - [n°131 du 29 juillet au 29 septembre 2010 ]
La brèche italienne ne brise pas le tabou colonial Version imprimable

5 milliards de dollars sur 25 ans, ce n’est pas cher payé pour une occupation brutale, mais le symbole est là : l’Italie a non seulement présenté des excuses officielles mais a versé des dédommagements à la Libye.

Par Sana Harb, Alger

 

« Après les moments tragiques de l’occupation italienne, et au nom du peuple italien, je me sens en devoir de présenter mes excuses et de manifester notre douleur pour ce qui s’est passé il y a tant d’années. » Silvio Berlusconi, le président du Conseil italien, a-t-il fait des calculs économiques ? C’est certain et il le dit, en homme d’affaires qu’il est. « L’accord nous permettra d’avoir moins de clandestins et plus de gaz et de pétrole libyens, qui sont d’une excellente qualité. » Cela n’atténue en rien le fait que le président du Conseil italien a fait le geste et prononcé les mots qui répugnent toujours aux anciennes puissances coloniales comme le Portugal, la Grande-Bretagne ou la France.

La Libye, a expliqué le Guide, n’est pas tant intéressée par les dédommagements matériels, ce qui compte ses yeux, c’est de créer un précédent dans le droit international.

Il s’agit d’un moment historique durant lequel des hommes courageux attestent de la défaite du colonialisme, a déclaré de son côté Mouammar Kadhafi en levant la main en signe de victoire.

 

Les arguments persuasifs de Tripoli

En Afrique, les gestes italiens en Libye ont eu, bien entendu, un grand écho et suscité de nombreux commentaires. Une brèche ouverte, a écrit un journal du Burkina. C’est en effet une première. Mais le cas italien peut-il faire exemple pour les autres anciens Etats coloniaux comme de nombreux africains le souhaitent ? La Libye, a expliqué le Guide, n’est pas tant intéressée par les dédommagements matériels, ce qui compte à ses yeux, c’est de créer un précédent dans le droit international.

Ce précédent suscite en effet des débats en Afrique où des appels ont été faits à destination de la France pour qu’elle suive l’exemple italien.

Mais cet exemple est-il généralisable ? Tous les anciens pays colonisés ne disposent pas des arguments de négociation persuasifs dont dispose une Libye pétrolière et gazière. Cela rend leurs demandes d’excuses officielles ou de dédommagements inaudibles.

Le second aspect est que les Italiens semblent, comparativement aux anciens empires coloniaux, avoir un rapport plus objectif à l’histoire. Ils ne cherchent pas trouver, comme ont pu le faire des députés français, des aspects positifs au colonialisme. Pragmatisme politique et rapport décomplexé à l’histoire coloniale auraient amener la classe politique italienne à casser le tabou de la reconnaissance des faits et des excuses. Cette disposition d’esprit n’existe pas en France où les rapatriés d’Algérie disposent encore d’un poids électoral important et où la défense des bienfaits du colonialisme s’est exprimée travers la loi du 23 février 2005. Il est vrai également que les tumultes des années 90 dans une Algérie en proie à la confrontation violente ont contribué à décomplexer les esprits dans ce domaine.

 

Pour la France, ce n’est ni un précédent, ni une référence

En termes de pouvoir de négociation, l’Algérie a, en théorie, les moyens d’être dans la configuration persuasive libyenne. Mais dans une relation algéro-française en dents de scie depuis l’indépendance, le domaine des échanges économiques n’a pratiquement jamais été impacté par les différends politiques.

Il est improbable, même si c’est le voeu de certains acteurs politiques de la périphérie du pouvoir qui mettent en valeur le succès historique de la Libye, que le différend sur l’histoire coloniale puisse entraîner un changement dans ce domaine.

Côté français, on s’est d’ailleurs empressé de faire savoir que l’accord signé entre l’Italie et la Libye n’était ni un précédent, ni une référence car chaque histoire bilatérale avance comme elle le souhaite, chaque histoire est spécifique .

Il est évident que la capitale française n’est pas prête, comme le lui demande le secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine (anciens combattants de la guerre de libération), à accomplir le pas effectué par l’Italie, reconnaître, s’excuser et indemniser.

L’historien algérien Mohamed Harbi pense que la France finira par reconnaître ses torts, non en raison des nécessités de ses relations présentes avec les anciennes colonies, mais du fait d’une opinion publique en France où les populations d’origine immigrée pèsent de tout leur poids.


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