Journal en ligne - [n°113 du 25 au 31 mars 2010 ]
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La Grèce, l’euro et le franc CFA Version imprimable
24-03-2010

La crise fiscale du pays d’Hercule est la menace la plus sérieuse de la zone Euro, onze ans après sa création en 1999. Comme on le dirait dans les rues d’Abidjan : « Hein hein, l’euro a chaud. »

Qu’on le veuille ou pas, il faut reconnaître que l’Europe et sa monnaie emblématique (l’euro) font face une « étude de cas » très délicate. Le sujet est tragique : la Grèce est en situation fiscale difficile. Le pays de Platon est surendetté jusqu’au cou. Le montant de sa dette publique atteint 130% de son PIB. L’empereur César pourrait dire à son secrétaire de ne pas le mentionner, mais c’est la triste réalité. La crise fiscale du pays d’Hercule est la menace la plus sérieuse de la zone Euro onze ans après sa création en 1999.

 

Le pacte de stabilité de l’Euro

Dans une union monétaire, les pays membres confient leur politique monétaire à la Banque centrale de l’union. Ces pays sont toutefois libres de gérer leur politique fiscale au niveau individuel. Cependant, pour contrôler la politique fiscale commune, les pays doivent s’aligner sur les règles d’un pacte de stabilité et de croissance. Comme toute union monétaire contient un minimum de garde-fous, la zone euro, à sa création, a retenu les critères suivants en matière de politique fiscale vis-à-vis du pacte de stabilité :

1. le déficit budgétaire de tout Etat membre ne devrait pas dépasser 3% du PIB. Cette règle fut abandonnée très tôt lorsque les grands frères comme la France et l’Allemagne allaient dépasser la norme de 3%. Aujourd’hui, la Grèce a un déficit budgétaire de 13% de son PIB.

2. Quant à la dette publique, elle doit se limiter à 60% du PIB selon les règles préétablies. En Grèce, ce taux est de 130%, soit plus du double de la norme prescrite.

 

A qui la faute ?

Beaucoup d’experts s’attardent à lancer la pierre à l’économie de la Grèce, sans pour autant se rendre à cette évidence : le cas de la Grèce est le résultat de la négligence et du laxisme fiscal de tous les pays de l’euro. Ils n’ont pas veillé au grain et ont laissé les déficits budgétaires prolongés de la Grèce miner le terrain économique de l’union monétaire. Au niveau de l’union monétaire, on se demande comment la Grèce a pu arriver à une telle catastrophe sans que les autres pays soient alarmés. La seule explication pourrait provenir du fait que les Grecs ont falsifié leurs données statistiques.

La Grèce, tout naturellement, est responsable de ses propres déboires. Elle n’a pas su contrôler ses dépenses publiques quand il le fallait. Le problème que vit l’économie grecque n’est que la pointe d’un iceberg profond. Son économie est en effet très administrative. Le gouvernement emploie près des 3/5 de la population active. Cela pèse énormément dans les dépenses de l’Etat quand celui-ci doit encore prendre en charge la pension retraite de l’une des populations les plus âgées d’Europe. Au niveau de la collecte des recettes publiques, le Trésor du pays n’est pas assez fourni à cause des difficultés de collecte. En conclusion, le pays se retrouve avec un déficit budgétaire très élevé.

 

L’euro a-t-il « chaud » ?

Depuis la crise de la Grèce, on a eu à attendre plusieurs scenarii. Mes collègues économistes américains ont prédit l’ébranlement de la monnaie unique, d’autres, par contre, prédisent la sortie de la Grèce de l’union. Je crois que rien de tout cela ne peut se produire.

La Grèce, sur le plan économique, n’est pas un poids lourd. Ses problèmes domestiques ne peuvent en aucun cas provoquer l’ébranlement de l’euro. Au pire des cas, elle peut sortir de l’union, chose impensable. L’union est prête à tout mettre en œuvre pour sauver la Grèce, mais surtout sa « monnaie ». La solution serait d’encourager le pays à réduire son déficit à un taux raisonnable de 12 à 5% du PIB, tout en lui octroyant un soutien budgétaire en dépit de l’article 125 de la Constitution européenne. Cet article interdit l’assistance à tout pays de la zone faisant face à des difficultés budgétaires. Ce que l’Europe craint risque de voir le jour : en effet, au rang des pays en difficulté, il y en a d’autres qui attendent leur tour : ce sont l’Espagne et le Portugal.

 

Le franc CFA est-il menacé ?

La monnaie africaine serait menacée si l’euro arrivait à s’écrouler. Ce qui n’est pas envisageable ; en plus le tuteur légal du FCFA dans la sphère économique de l’Europe n’est pas la Grèce, mais plutôt la France. Aussi longtemps que cette dernière met de l’ordre dans ses finances publiques, la zone franc peut dormir tranquille. Les problèmes de la Grèce ont créé une dépréciation de l’euro qui a en effet perdu 6 points par rapport au dollar. En surface, les eaux de la Grèce semblent troubles, mais en profondeur, une réelle dépréciation de l’euro ferait l’affaire de l’union monétaire. En ces temps de sortie de récession, les pays de l’euro n’ont pas besoin d’une monnaie surévaluée.

Le danger pour le FCFA pourrait venir de l’appréciation de l’euro par rapport au dollar américain, comme cela a été le cas entre 2005 et 2009. Pendant cette période, le FCFA a eu très chaud vis-à-vis d’une éventuelle dévaluation qui n’est jamais survenue.

Les pays de la zone franc ont été sauvés par la bonne performance de leur économie et, surtout, par la bonne politique monétaire de leurs banques centrales. Comme on le dit : premier Gaou n’est pas Gaou. La situation de la Grèce et la dépréciation de l’euro face au dollar américain arrangent l’euro et, indirectement, relèvent la compétitivité des exportations de la zone vis-a-vis.

 

Le danger pour le FCFA pourrait venir de l’appréciation de l’euro par rapport au dollar américain, comme cela a été le cas entre 2005 et 2009. Pendant cette période, le FCFA a eu très chaud vis-à-vis d’une éventuelle dévaluation qui n’est jamais survenue.

Réévaluation

En conclusion : un fort euro/$ sur les marchés de change en présence de faibles économies des pays de la zone Franc représente une menace pour la parité fixe euro/CFA (cas de la dévaluation de janvier 1994). Un fort euro/$ en présence d’une forte économie des pays de la zone Franc consolide (cas 2006-2008) la parité euro/CFA et devrait en principe produire une réévaluation de la parité.

Les Africains sont tellement habitués au terme « dévaluation » qu’ils en ignorent même celui de la « réévaluation ». Un faible euro/$ en présence d’une faible économie des pays de la zone Franc pourrait consolider la parité euro/CFA et initier des réformes macroéconomiques plus appropriées. <

 

Francis Konan, Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

 

Economiste – Diplômé de l’Université des sciences économiques et de gestion de Vienne, Autriche. Diplômé (section économie) de l’Institut des études avancées de Vienne, Autriche. Diplômé de la faculté des sciences économiques de l’Université d’Abidjan, Cocody.

 
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