| Le domino Kosovo, un potentiel désintégrateur en Afrique |
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La déclaration d’indépendance unilatérale des Albanais du Kosovo ouvre une large brèche dans le droit international quant à la souveraineté des Etats et l’intangibilité des frontières. Par Saïd Djaafer, Alger L’indépendance du Kosovo est proclamée. Elle est adoubée par les Etats-Unis et quatre grands pays d’Europe occidentale (la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et l'Italie), rejetée par la Serbie, la Russie et six autres pays d’Europe occidentale comme Chypre, l’Espagne, la Grèce, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie… C’est une proclamation unilatérale, l’accession à l’indépendance n’ayant pas été validée par le Conseil de sécurité. C’est surtout un précédent dont les effets pourraient se ressentir partout dans le monde et principalement en Afrique. La mise sous tutelle onusienne du Kosovo est fondée sur la résolution 1244 de l’ONU qui a réaffirmé la souveraineté de la Serbie sur le territoire. Cette résolution est désormais bafouée. Belgrade a officiellement protesté contre l’envoi par l’UE d’une mission de 2000 personnes (policiers, juges et procureurs) pour accompagner le processus. Mission préventive pour empêcher les Serbes du nord du Kosovo de faire sécession à leur tour ? Mais au nom de quoi et sur quelle base leur serait-il interdit ce qui est permis aux Albanais ? Un précédent déjà évoqué La décision de reconnaître un Etat Kosovar sur la base d’une proclamation unilatérale de l’indépendance sape le droit international. Ce n’est pas un hasard si le chef du gouvernement arménien déclare sans attendre, que le « précédent » devra servir pour le haut Karabakh, contrôlé militairement par les séparatistes, mais qui ne bénéficie pas d’une reconnaissance internationale. Le jeu de dominos pourrait commencer par les Balkans. Outre le nord du Kosovo, qui est déjà quasiment sans lien avec Pristina, c’est la Bosnie-Herzégovine qui risque de faire le plus rapidement les frais du feu vert des Occidentaux. Les Serbes pourraient, en effet, mettre à exécution un projet de référendum pour l’indépendance de leur entité, la Republika Srpska. Le terrain est aussi balisé pour l'Abkhazie en Géorgie, la Transnistrie en Moldavie, la Transylvanie en Roumanie ou encore la Tchétchénie… Au-delà des arguments défendus par les Européens, le signal peut-être perçu au sens premier : il est possible pour un groupe ethnique de proclamer un Etat. L’intangibilité des frontières L’Union Européenne pense être suffisamment attractive pour Belgrade pour pouvoir « gérer » les conflits potentiels, nés de son soutien à la proclamation de l’indépendance. L’Espagne et Chypre qui font face à des problèmes de séparatisme semblent plus inquiètes sur les conséquences possibles de cet évènement. Si l’affaire du Kosovo fait jurisprudence, elle pourrait trouver des prolongements dangereusement fertiles en Afrique. On ne redessine pas sans risques les frontières. Au moment des indépendances, les Etats africains, face au potentiel de conflits qui ne s’est pas démenti par la suite, ont choisi de consacrer le principe de l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme. Ce choix était le moins mauvais et il l’est toujours. Des Kosovo potentiels existent en Afrique et ils pourraient être encouragés par l’attitude de l’Europe. Car, au-delà des arguments défendus par les Européens, le signal peut-être perçu au sens premier : il est possible pour un groupe ethnique de proclamer un Etat. Ce n’est pas un hasard si l’Afrique du Sud fait partie de ceux qui se sont opposés au niveau du Conseil de sécurité. Alors que pour de nombreux africains, le dépassement des conflits potentiels passe une politique d’intégration par la démocratie, le précédent du Kosovo offre une solution plus « facile », fondée sur un « remodelage » ou une « désintégration » de nombre d’Etats actuels. Le pire n’est jamais sûr, mais l’Union africaine aurait peut-être besoin de renouveler et de « rafraîchir » le principe de l’intangibilité des frontières. Histoire de conjurer l’effet domino en émettant en direction du continent un signal différent de celui qui vient d’être émis au Kosovo par les Etats-Unis et l’Europe. Voir Aussi :
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