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Journal en ligne - [n°131 du 29 juillet au 29 septembre 2010 ]
L’Aide à l’Afrique : les pays développés donnent-ils trop ? Version imprimable

Le succès grandissant de l’Aide Fatale*, œuvre de Dambisa Moyo, est révélateur d’une contestation africaine de l’aide à ce continent. Nous ne sommes pas dans le cartiérisme, « la Corrèze plutôt que le Zambèze », mais dans un double constat.

Anthony Bouthelier.

Anthony Bouthelier.

L’échec de l’aide est depuis longtemps évident. Globalement, le continent africain est l’une des rares parties du monde à avoir régressé ces dernières décennies : le nombre des pays très pauvres y a été multiplié par trois, la Guinée avait un PIB supérieur à celui de la Malaisie dans les années cinquante… Les exemples abondent et l’on sait bien que ce ne sont pas les pays les plus aidés qui réussissent le mieux à faire reculer la pauvreté.

Justement, le second constat de Dambisa Moyo va au-delà de l’échec, pour souligner que l’aide aggrave la pauvreté. On aurait pu s’en douter, à la lumière de ce qu’elle appelle, elle-même, la malédiction pétrolière qui afflige les Etats africains supposés être riches grâce aux hydrocarbures. L’aide, en effet, comme les revenus tirés du sous-sol ou offshore, est contrôlée par une poignée d’individus qui ne vont pas lui accorder un statut spécial sous le fallacieux prétexte qu’elle est le fruit de la générosité des contribuables du Nord.

 

La niaiserie des 0,7% du PIB des pays du Nord à consacrer à l’aide prend, dans ce contexte, tout son relief. Car, si l’aide est nocive, ceux qui se rapprochent de ce taux ne sont pas à féliciter, mais à clouer au pilori ! Plus sérieusement, l’ethnocentrisme de cette démarche est accablant, car on voit bien que le jugement n’est pas fonction de l’efficacité de l’aide, mais du degré de bonne conscience que se donnent les pays riches qui atteignent ces 0,7% et peuvent dès lors dormir en paix : ils ont atteint l’objectif, peu leur importe que les fonds fassent la fortune des paradis fiscaux ou des agents immobiliers de Paris, Londres ou New York !

 

Ce qui est intéressant dans le pamphlet de la jeune Zambienne, est qu’il témoigne d’une prise de conscience africaine déjà ancienne. Lorsque le CIAN a été convié par les Britanniques à contribuer au volet africain du G8 de Gleneagles, nous avons entendu un remarquable exposé ougandais sur le thème « Arrêtez l’aide, elle infantilise l’Afrique ! »

 

Car, qui défend l’aide dans sa forme actuelle ? Les agents des bailleurs de fonds et leurs obligés, consultants, ONG,… tous positionnés sur le registre du « toujours plus » et, en majeure partie, citoyens de pays du Nord. Ne dit-on pas que la Banque Mondiale est une machine à nourrir des consultants occidentaux ?

Personne ne suggère de tarir les ressources africaines, même mal utilisées, et la provocation de Dambisa Moyo d’arrêter l’aide publique n’est pas à prendre au pied de la lettre. D’autres chemins existent, comme en témoignent notamment les expériences asiatiques.

 

Ecoutons ces voix africaines, elles savent qu’il n’y a pas plus efficace créateur de richesses que les entreprises, mais pour combien de temps encore les « aideurs » se polariseront-ils principalement sur les sommes déboursées sans remettre en cause leur culture et leurs méthodes ?

 

Anthony Bouthelier

président délégué du CIAN (Conseil Français des investisseurs en Afrique)

 

*Aide Fatale, Dambisa Moyo, Ed. Lattes, septembre 2009.


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