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« Le risque financier des Etats africains est aujourd’hui moins important que le risque américain ou Version imprimable
07-04-2009

Le tout nouveau président du CIAN, Alexandre Vilgrain, PDG du groupe français Somdiaa, n’hésite pas à aller à contre-courant des idées reçues sur l’Afrique.

Alexandre Vilgrain : « Il faut avoir la même grille de lecture pour tous les pays, en Afrique et hors Afrique. »

Alexandre Vilgrain : « Il faut avoir la même grille de lecture pour tous les pays, en Afrique et hors Afrique. »

Propos recueillis par Bénédicte Châtel, Paris

 

Les Afriques : Comment les entreprises françaises gèrent-elles le risque image de l’Afrique ?

Alexandre Vilgrain : Si on prend les matières premières, cela n’a aucune incidence, car le produit est à l’état brut, quelle que soit son origine. Quant aux autres produits, à ce jour, l’Afrique exporte assez peu de produits manufacturés, donc le problème ne se pose pas ainsi. Mais le jour où elle le fera en grande quantité, ce sera un problème de marketing. Pas d’image.

 

LA : L’image du produit africain auprès du consommateur africain n’est pas toujours bonne. Est-ce un handicap pour appréhender les marchés locaux ?

AV : Ce qui compte pour le consommateur, c’est le prix. Si les produits européens ou chinois sont moins chers, ils vont préférer ces produits. C’est ce qui se passe partout. C’est pourquoi il faut piloter les droits de douane afin de protéger l’industrie locale africaine.

D’autre part, il est clair que le commerce intra-communautaire, au sein de la CEMAC, de l’UEMOA, etc. peut créer des tensions, car les Etats peuvent préférer percevoir des droits de douane sur des produits extra-communautaires plutôt que pas de droits du tout sur des produits communautaires. Or le commerce intra-communautaire s’est beaucoup développé ces dernières années. Quoi qu’il en soit, la création de ces zones d’union douanière génère incontestablement un développement.

 

LA : Quant au risque financier, endettement extérieur ou intérieur, bancaire, comment le percevez-vous ?

AV : Il faut avoir la même grille de lecture pour tous les pays. Les Etats africains sont peu ou pas endettés. D’ailleurs, dans un récent entretien à Les Afriques (n° 62 ndlr), Lionel Zinsou déclarait que les Etats doivent se réendetter. Le risque financier des Etats en Afrique est moins important que le risque américain, européen, etc. En Afrique, les banques n’ont pas d’actifs nocifs. D’autre part, l’Afrique a plutôt de bons taux de remboursement. On sera étonné de voir que les Africains paient plus cher leurs taux d’intérêt alors que le risque financier est moindre.

« Si l’on veut développer une agriculture en Afrique, il faudra une réforme foncière. Mais le problème c’est que le droit traditionnel et le droit hypothécaire se superposent. »

Mais il existe un vrai sujet autour de la question du financement du paysannat. A travers le monde, le paysan a peu de moyens. Mais en Afrique se pose la question des garanties bancaires. Le paysan français hypothèque sa production, sa terre, lorsqu’il veut acheter un tracteur. Si l’on veut développer une agriculture en Afrique, il faudra une réforme foncière. Mais le problème c’est que le droit traditionnel et le droit hypothécaire se superposent. Au Burkina Faso, des tentatives sont en cours tendant à superposer ces deux droits pour que le paysan puisse emprunter.

 

LA : Le risque juridique évolue-t-il selon vous ?

AV : Ce risque a plutôt tendance à diminuer, car dans le monde entier il régresse. D’autre part, lorsqu’on parle de justice en matière d’investissement, c’est la justice du droit des affaires. C’est le tribunal de commerce en France. Il faut donc les comparer avec des instances similaires. Il n’existe pas de tribunal de commerce en Afrique, ou peu. Alors, parlons de l’incertitude juridique des tribunaux de commerce en France et du nationalisme. Ayons une grille de lecture qui soit la même. Pas toujours dans un sens. La justice n’est pas parfaite, elle est humaine. Dans le monde entier, les tribunaux de commerce exercent un certain nationalisme. Il faut vivre avec en France, aux Etats-Unis et en Afrique. Les avocats sont de mieux en mieux formés en Afrique, de grands cabinets s’installent. Cela évolue plutôt favorablement. Je suis pour analyser des tendances.

 

LA : Et le risque politique ?

AV : Statistiquement, il y a une assez grande stabilité du personnel politique en Afrique... Les gens n’aiment pas le changement. A ce niveau-là, c’est plutôt bien.

Le risque politique se mesure plutôt dans le sens de la versatilité de l’Etat, des changements de cap de l’Etat. Je crois aux vertus des plans de développement, de tel ou tel secteur, sur cinq ou dix ans. A cause des changements de cap des pays occidentaux, comme les APE, les Etats africains qui sont pauvres cherchent de l’argent et s’inscrivent par conséquent à l’intérieur de programmes qui parfois ne servent pas à grand-chose. Je crois à la planification.

 

CIAN : Conseil français des investisseurs en Afrique (www.cian.asso.fr)

 
 
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