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Seïf Al-Islam Kadhafi, réformiste modéré et guide héritier Version imprimable
26-05-2010

Le fils préféré du colonel Kadhafi veut faire de la Libye un Etat moderne et ouvert sur l’Occident, sans bousculer les fondements du régime. S’il affirme être « un citoyen qui fait ce qu’il peut pour son pays », l’artisan du retour de la Libye au sein de la communauté internationale peine à se délester de la tunique de prince héritier.

Seïf Al-Islam : « Le système de gouvernance en Libye doit être revu en profondeur, c’est la priorité numéro un. »

Seïf Al-Islam : « Le système de gouvernance en Libye doit être revu en profondeur, c’est la priorité numéro un. »

Depuis sa désignation officielle, à la mi-octobre 2009 sur recommandation de son père, comme numéro deux du régime libyen, avec le titre de « Coordinateur général des commandements populaires sociaux », Seïf Al-Islam Kadhafi est un homme pressé qui ne supporte pas la lenteur du monde et des gens qui l’entourent. Le fils aîné de la seconde épouse du colonel Mouammar Kadhafi, qui règne sans partage sur la Libye depuis bientôt 41 ans à la faveur d’un putsch, n’a pas perdu son temps. Le jour même de sa nomination, ce diplômé de la London School of Economics et de l’Ecole d’architecture de Vienne, dont le nom signifie en arabe Le Glaive de l’Islam, a entamé l’exécution des réformes économiques et politiques de son programme « Pour la Libye de demain » en scellant la réconciliation avec le Groupe islamique des combattants libyens (GICL), un réseau terroriste rallié à la nébuleuse Al-Qaïda. Formé au début des années 90 dans les montagnes afghanes et dirigé depuis l’Asie par Abou Laith al-Libi, un des lieutenants d’Oussama Ben Laden, le groupe extrémiste avait revendiqué en 1995 l’objectif de mettre fin au « régime apostat » du colonel Kadhafi pour lui substituer un Etat islamique. Mais au terme d’un dialogue avec le pouvoir, entamé en 2007 sous la houlette de la Fondation Kadhafi, organisation caritative dirigée par Seïf Al-Islam, le GICL a corrigé sa vision du djihad. Dans un document intitulé Études correctives dans la compréhension du djihad, les chefs du réseau salafiste libyen ont condamné les idées d’Al-Qaïda et déclaré illégitime la lutte armée contre leurs coreligionnaires, sauf en cas de résistance à l’occupation étrangère. Conséquence de ce mea-culpa inédit dans les milieux intégristes : la libération de 88 dirigeants islamistes du groupe le 15 octobre. « Nous avons d’autres chats à fouetter en Libye. Nous devons combattre la pauvreté, moderniser notre économie, améliorer le niveau de vie. Nous avons des problèmes terribles avec nos systèmes de santé et d’éducation. Et si nous continuons à nous entretuer, nous serons tous les premières victimes de la terreur », avait alors estimé Seïf, qui fut félicité par son père.

Anglophone, germanophone, arabophone et partiellement francophone, le spécialiste des contacts et des négociations secrètes est souvent reçu à la Maison-Blanche ou à l’Élysée comme un ministre des Affaires étrangères bis.

Peu après avoir convaincu les islamistes de « réviser leur notion du djihad » et sans attendre la composition de la nouvelle équipe gouvernementale, Kadahfi fils a ouvert un chantier de réformes économiques. Début novembre, il a repris le contrôle de la Compagnie pétrolière nationale (National Oil Corporation, NOC), en réinstallant à sa tête Chokri Ghanem. Le retour de l’ancien Premier ministre technocrate et fervent défenseur de l’économie de marché aux commandes de ce véritable Etat dans l’Etat, qui gère l’octroi des contrats pétroliers, a rassuré les compagnies occidentales opérant dans le pays, lesquelles avaient exprimé leurs inquiétudes face aux « tentations nationalistes » du Premier ministre Baghdadi Mahmoudi.

 

Projet de Constitution

Sur le terrain des réformes politiques, Seïf Al-Islam, qui a vu le jour à Tripoli le 25 juin 1972 à l’intérieur de la grande caserne militaire de Bal el-Azizya, représente à lui seul une société civile inexistante. Il est l’éclaireur, le guide du grand Guide en quelque sorte.

Dans un rapport sur les droits de l’Homme en Libye, le président de la fondation Kadhafi n’a pas hésité à donner des leçons à son père. Le rapport présenté le 10 décembre 2010 détaille « plusieurs violations flagrantes et préméditées des lois » ainsi que des « cas de torture et de mauvais traitements », ou des « détentions injustifiées ». Il fait aussi état de nombreuses entraves à la liberté de la presse et de non-respect de la société civile. Que signifie la publication d’un rapport aussi virulent par celui à qui Mouammar Kadhafi a fait enfiler la tunique de prince héritier en le nommant numéro deux du régime ? La réponse ne s’est pas faite attendre. Un jour après la publication du rapport de la Fondation Kadhafi, l’organisation Human Rights Watch a été autorisée à organiser une conférence de presse à Tripoli pour présenter son rapport relatif aux droits de l’Homme dans le pays. Ce dernier reçut un accueil froid de la part des médias, ce qui laisse croire que la Fondation Kadhafi a réussi à couper l’herbe sous le pied de la prestigieuse ONG de défense des droits humains. Ainsi, Seïf aura été le masque le plus affable de son père.

 

Bien qu’elle ait été révélée à grande échelle par des sites Internet et des journaux appartenant à des opposants libyens en exil, la manœuvre « kadafienne » visant à étouffer dans l’œuf le rapport de Human Rights Watch n’a pas altéré outre mesure l’image de réformateur du fils préféré du guide libyen, qui a relancé d’autres chantiers de réformes politiques. Outre l’amendement des codes juridiques archaïques, Seïf Al-Islam a plaidé pour l’adoption d’une Constitution en Libye. « Le système de gouvernance en Libye doit être revu en profondeur, c’est la priorité numéro un », a-t-il précisé lors d’une conférence de presse tenue le 5 mai au Caire. Et de renchérir : « Nous avons besoin d’une Constitution. Vous ne pouvez pas diriger un pays sans avoir une Constitution, sans lois fondamentales. C’est une nécessité. » Là encore, le fils bien-aimé se garde bien de bousculer les fondements du régime. Il juge « très pertinents », les principes de gouvernance exposés par son père dans le « Livre vert » qui fait office de Loi fondamentale depuis 1969. « La théorie est démocratique et superbe. C’est sa pratique, affreuse, et sa mise en œuvre, ratée, qui doivent être réformées », commente-t-il. On est désormais bien loin des agissements téméraires qui avaient marqué les débuts du jeune cadre formé en Occident. Au final, l’annonce par Seïf Al-Islam le 20 août 2008 comme quoi il se retirait de la vie politique pour ne se consacrer qu’à des « activités sociales » était purement tactique.

 

Acteur de poids de la diplomatie libyenne

Kadhafi père et fils semblent désormais avancer main dans la main sur le chemin d’une transition dynastique. A bientôt 70 ans, le chef de la Jamahiriya a toujours donné à son rejeton les moyens de ses ambitions. Depuis une dizaine d’années, Seïf el-Islam est un acteur de poids de la diplomatie libyenne. Il fut notamment au cœur des négociations avec les Etats-Unis pour l’abandon du programme nucléaire libyen contre la fin de l’embargo économique imposé à Tripoli, ou encore de celles relatives à la compensation des victimes des deux attentats perpétrés par les services secrets libyens contre des avions de ligne, le Boeing de Lockerbie (1988) et le DC 10 d’UTA (1989). Plus récemment, il a été au centre du « deal » qui a conduit à la libération de cinq infirmières bulgares et d’un médecin palestinien qui avaient été détenus pendant plus de 8 ans en Libye et condamnés à mort sous l’accusation contestée d’avoir délibérément inoculé le virus du sida à plus de 400 enfants libyens.

 

Une affaire de famille…

Anglophone, germanophone, arabophone et partiellement francophone, le spécialiste des contacts et des négociations secrètes est souvent reçu à la Maison-Blanche ou à l’Élysée comme un ministre des Affaires étrangères bis.

Même s’il nie pour l’heure un scénario de transmission héréditaire du pouvoir et affirme être un « un citoyen qui fait ce qu’il peut pour son pays », Seïf Al-Islam dispose désormais d’une bonne longueur d’avance sur son frère cadet, Moôtassem, un militaire avec rang de colonel-major qui bénéficie du soutien des caciques du régime. Son intronisation en tant que numéro deux consacre son statut de dauphin putatif sur un continent où la présidence est souvent une affaire de famille…

 

Par Walid Kéfi, Tunis

 
 
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