| La droite et la gauche de l’ANC en instance de divorce |
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| 31-10-2008 | |
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Les partisans de Thabo Mbeki sont tentés par la création d’un parti qui ouvrirait la voie à une recomposition de la scène politique en Afrique du Sud. Un pari risqué… Par Saïd Djaafer, Alger
La crise ouverte au sein de l’ANC, après le départ forcé de Thabo Mbeki, ira-t-elle jusqu’à la scission ? Les partisans de l’ancien président sud-africain, mis en minorité au sein des instances dirigeantes, multiplient les déclarations en ce sens et envisagent de créer un nouveau parti. Mosiuoa Lekota, alias Terreur, ex-ministre de la Défense est en flèche dans cette direction et a annoncé que lui et ses amis sont en « procédure de divorce ». Combien sont-ils au sein d’un parti presque centenaire – il aura 100 ans d’existence en 2012 – à envisager un tel divorce ? La question est essentielle. Si les partisans de Thabo Mbeki créent un parti confiné à des élites sans drainer avec eux suffisamment de militants de base, seul vrai gage d’une surface électorale substantielle, l’opération pourrait être sans lendemain. Mosiuoa Lekota, affirme s’exprimer « au nom d’un nombre considérable de membres de l’ANC » qui veulent sérieusement quitter le parti. Il a indiqué qu’une « conférence consultative » aura lieu prochainement. Celle-ci pourrait être l’occasion de consommer un divorce qui reste, pour le moment, au stade du discours.
Desmond Tutu pour une « opposition viable » A l’évidence, si un parti dissident entre en scène, il devra faire vite ses preuves aux élections générales prévues pour avril 2008. Les « dissidents » sont clairement encouragés par les partis d’opposition, notamment l’Alliance démocratique, qui s’est dite prête à collaborer avec eux. Ils peuvent aussi se sentir encouragés par les propos tonitruants de Desmond Tutu, l’autre figure emblématique de la lutte anti-apartheid, avec Nelson Mandela, qui a souhaité l’apparition d’une « opposition viable » capable d’être une alternative à l’ANC. Comme pour désacraliser l’ANC, Desmond Tutu a indiqué que Nelson Mandela avait « été blessé par certaines des choses qui se sont produites après qu’il eut quitté le pouvoir ». Le propos est suffisamment sibyllin pour que tous les responsables de l’ANC soient visés, Thabo Mbeki plus que les autres. Si l’Afrique du Sud est la première économie du continent, et si une politique volontariste a permis l’émergence d’une bourgeoisie noire, la masse des laissés pour compte, 43% de la population, vit avec moins de deux dollars par jour. C’est, au-delà des batailles de leadership au sein de l’ANC, la ligne de fracture entre les partisans de Jacob Zuma et ceux de Thabo Mbeki.
Un front dans une démocratie D’une certaine manière, l’Afrique du Sud a réédité le parcours classique d’autres pays africains, où des Fronts de libération nationale à base populaire ont servi de tremplins aux dirigeants pour se constituer en nouvelle classe dominante en prenant les commandes de l’Etat et de l’économie. Dans ces pays, les « fronts », dépassés par les différenciations et les inégalités sociales, n’ont pu être maintenus que sur la base d’un fonctionnement autoritaire sous un régime de parti unique. Il a fallu, en Algérie par exemple, les émeutes de la jeunesse en octobre 1988 pour faire craquer le système. L’Afrique du Sud, où l’ANC domine la scène politique – 70% des sièges de l’Assemblée – n’est pas un système autoritaire, mais une démocratie. Thabo Mbeki est tombé à la suite d’un revers infligé par un juge qui l’a accusé d’avoir interféré dans la procédure judiciaire pour corruption contre son adversaire Jacob Zuma. Mais l’Afrique du Sud reste une démocratie sous contrôle d’un seul parti.
A quitte ou double L’actuelle crise au sein de l’ANC pourrait de ce point de vue être féconde et mettre fin, pacifiquement et par les moyens de la démocratie, à un « front » qui ne correspond plus à la réalité sociale. Les partisans de Jacob Zuma, allié au Parti communiste sud-africain et à la centrale syndicale Cosatu, l’ont emporté au sein de l’ANC sur la dénonciation d’une sorte de « trahison sociale » des élites – la nouvelle bourgeoisie noire – entourant Thabo Mbeki. Une dissidence aurait l’avantage de mettre les choses au clair, de donner naissance à un parti de droite avec des dirigeants issus de l’ANC. Une dissidence aurait l’avantage de mettre les choses au clair, de donner naissance à un parti de droite avec des dirigeants issus de l’ANC. Toute la question est de savoir si les choses sont « mûres » et si une partie des militants et de l’électorat majoritaire de l’ANC suivrait ce nouveau parti. Rien n’est encore tranché, des appels à la « réconciliation » ont été lancés. Mais si les partisans de Mbeki se lancent dans l’aventure, ce sera à quitte ou double. Voir Aussi :
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