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Dambisa Moyo - Londres : « La crise financière est une opportunité pour l’Afrique ! » Version imprimable
15-04-2009

Dambisa Moyo, économiste zambienne travaillant à Londres chez Goldman Sachs, après un passage à la Banque mondiale, vient de publier un livre intitulé L’aide est morte: pourquoi l’aide ne donne pas les résultats escomptés, et pourquoi l’Afrique devrait explorer d’autres voies. Les Afriques était à la présentation du livre. Focus.

Dambisa Moyo : « L’aide ne marche pas sur le continent. »

Dambisa Moyo : « L’aide ne marche pas sur le continent. »

Dambisa Moyo a un doctorat en économie de l’Université d’Oxford, un Master de Harvard University’s Kennedy School of Government, un BSc de chimie et un MBA de finance de l’American University de Washington DC.

Dambisa Moyo a un doctorat en économie de l’Université d’Oxford, un Master de Harvard University’s Kennedy School of Government, un BSc de chimie et un MBA de finance de l’American University de Washington DC.

Par Charles Bambara, Londres

 

Sans équivoque, Dambisa Moyo a soutenu devant un auditoire de chercheurs, gestionnaires de fonds, banquiers, universitaires et journalistes « qu’aucun pays au monde ne s’est développé avec l’aide uniquement ». « L’aide pour l’aide n’existe pas » dans tous les cas. Et, avec la crise actuelle et la dépréciation des principales devises internationales, les pays africains devraient comprendre que l’investissement direct étranger diminuera.

« Il faudrait donc que l’Afrique puisse profiter de cette crise pour inventer son développement et ne pas rester à attendre et à espérer un hypothétique sauvetage de son économie par les puissances mondiales qui elles-mêmes cherchent à se sauver. »

Que faire ?… Se départir de l’attentisme actuel et innover en recherchant les voies et moyens d’offrir aux marchés internationaux des produits transformés utiles et nécessaires. Même si le discours ambiant répète à loisir que l’Afrique ne doit pas être oubliée par les pays développés, on se rend compte, dans les faits, que très peu d’actions concrètes ont été prises ces derniers mois pour aider l’Afrique. Mme Okonjo-Iweala, directrice de département à la Banque mondiale, demandait récemment au Forum économique de Davos que les pays développés octroient 0,7% de leur plan de relance économique à l’Afrique. Mais aucune réaction n’a été enregistrée après cette déclaration.

 

Profiter de la crise

« Il faudrait donc que l’Afrique puisse profiter de cette crise pour inventer son développement et ne pas rester à attendre et à espérer un hypothétique sauvetage de son économie par les puissances mondiales qui elles-mêmes cherchent à se sauver. » Pour ce faire, l’économiste zambienne Dambisa Moyo, ancienne élève de l’économiste américain Jeffrey Sachs, mais qui ne se réclame pas de cette école, ni de cette philosophie, dira que l’Afrique a des atouts. D’abord un taux de croissance moyen qui, ces cinq, voire sept dernières années, tournait autour de 7% par an. Ensuite la multiplication des bourses de valeurs africaines, au nombre de 23 à présent. Une plus grande stabilité politique avec des démocraties de plus en plus viables même si des problèmes demeurent dans certains pays.

 

Rejeter l’aide basée sur le show-business

Dambisa Moyo fera une genèse de l’aide depuis 1800 jusqu’à nos jours passant en revue chaque fois la caractéristique majeure de l’aide suivant la période. Par exemple, l’aide sous les cinq ans du plan Marshall, après la deuxième guerre mondiale, était axée sur la reconstruction de l’Europe. Alors qu’en Afrique l’aide est axée sur le développement, ce qui est un anachronisme. Dans les années 40-50, l’aide en faveur de l’Afrique visait l’établissement des grandes infrastructures comme les routes et les chemins de fers. Ensuite, dans les années 70, il fallait lutter contre la pauvreté. Dans les 80, il s’agissait de soutenir l’initiative privée. Dans les années 90, le thème de l’aide portait sur la bonne gouvernance. Et, depuis 2000, l’accent est mis sur l’intervention des stars (Bono, Angelina Jolie, Bob Geldorf, Madonna…) et autres vedettes qui viennent s’apitoyer sur le sort de l’Afrique pour mobiliser l’aide. Ce qui est dommage, dira l’économiste zambienne, déclenchant les applaudissements de l’audience, une centaine de personnes triées sur le volet pour leur intérêt au thème du jour.

 

Des trillions de dollars sans résultats

Et pour elle, l’aide en tant que solution pour engendrer la croissance et lutter contre la pauvreté en Afrique a échoué. En effet, des trillions de dollars ont été investis en Afrique sans grand succès. La corruption reste toujours un problème, l’espérance de vie faible, et l’on pourrait continuer cette liste d’indicateurs économiques pas encore satisfaisants sur le continent. Elle donnera encore cet exemple frappant : « Il est plus cher et plus difficile de transporter un bien d’Addis Abbeba sur Abidjan que de transporter ce même bien de Tokyo à Abidjan ». Près d’un demi-siècle après les indépendances africaines, on en est encore là : le commerce intra-africain est dérisoire, malgré la mise en place, ces derniers jours dans la capitale éthiopienne, d’un embryon de gouvernement africain tiré par le guide libyen Mouammar Kadhaf.

La Zambienne est catégorique, « l’aide ne marche pas sur le continent ». Et donc, pour elle, il faudrait que les pays africains cessent de gaspiller leurs ressources en allant participer à des rencontres comme celles de Doha où l’on discute du commerce international, car les gouvernements des pays occidentaux qui y participent représentent les intérêts de leurs électeurs et n’accepteront jamais de modifier les termes du commerce international en faveur des pays africains. Car il faut bien qu’ils protègent et défendent leur base électorale pour pouvoir se faire réélire. « L’Afrique doit donc inventer son développement, et ne plus penser que l’aide est la solution idoine. »

 
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