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L’internet n’a pas produit le miracle escompté face à la crise de croissance des médias ouest-africains de la dernière décennie.
Par Aliou Diongue, Dakar
L’internet pouvait-il aider les médias ouest-africains à relever le défi de leur fragilité économique ? L’espoir en a été nourri. S’il n’a pas été vain, sa matérialisation relève encore du domaine du frémissement. Un journaliste burkinabé, Cyriaque Paré, a consacré une thèse de doctorat à la question. Cette thèse, soutenue en 2007 à l’Université de Bordeaux 3, en France, est intitulée : « Médias et société de l’information en Afrique de l’Ouest : enjeux, discours et appropriations ».
L’étude a ciblé sept pays : le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Niger et le Sénégal. Au total, M. Paré a retenu 110 sites d’information assez stables pour pouvoir constituer un échantillon représentatif. Parmi ces sites, 47 sont des journaux, 23 des radios, 9 des télévisions, 5 des agences de presse, 6 des webzines et 20 des sites portails.
Brusque accélération
Au plan mondial, la presse en ligne s’est rapidement développée. Au 31 mars 2007, il y avait 18 504 sites d’information dans le monde. On estime que 80% des journaux du Nord comme du Sud possèdent une édition en ligne. L’évolution a cependant été plus lente en Afrique, même si elle a fini par s’accélérer brusquement. Selon M. Paré, « en 1992, l’Afrique du Sud, la Tunisie et l’Egypte étaient les seuls pays africains connectés de manière interactive ; en 1999, 51 des 53 pays et territoires africains avaient un accès complet à l’internet. Et dans le secteur des médias, d’une manière générale, la presse en ligne a enregistré une audience quasi exponentielle, à en croire les enquêtes régulièrement publiées dans les médias ».
Autant les recettes publicitaires et la vente des journaux en papier demeurent très faibles, autant les revenus générés par la publicité et l’accès payant pour les médias en ligne sont encore en deçà de ce que l’on aurait pu espérer.
La fulgurance du développement des TIC en Afrique ne s’est cependant pas accompagnée d’une incidence significative sur la vitalité et la viabilité des médias en Afrique de l’Ouest.
Mais à l’inverse, s’il est vrai comme l’écrit M. Paré que « l’avènement de la société de l’information a induit de profondes mutations dans le secteur de l’information qui menacent la presse classique de disparition si elle ne parvient pas à s’adapter aux évolutions technologiques », cette menace ne s’est pas encore matérialisée. En un mot, ni une véritable osmose, ni une prédation significative n’ont résulté de la rencontre entre les médias traditionnels et les TIC en Afrique de l’Ouest.
Recettes hypothétiques
« L’internet, rappelle M. Paré, [était] d’autant plus facilement apparu comme la solution-miracle aux problèmes de la presse africaine que celle-ci connaissait une nouvelle crise de croissance qui décimait un grand nombre de titres apparus au début des années 90, avec les processus de démocratisation et le retour du pluralisme ».
Las, écrit Cyriaque Paré, « les TIC ne feront pas de miracle ». Ils feront d’autant moins de miracle que « la rentabilité économique d’Internet qui pourrait réduire la précarité économique que traversent beaucoup de journaux reste encore hypothétique ». Les cybermédias peuvent en effet se multiplier à une cadence exponentielle, mais « les budgets publicité ne sont pas élastiques ».
Autant les recettes publicitaires et la vente des journaux en papier demeurent très faibles, autant les revenus générés par la publicité et l’accès payant pour les médias en ligne sont encore en deçà de ce que l’on aurait pu espérer. Sur l’échantillon de l’étude, seul un site de journal et deux sites d’agences de presse faisaient en 2006 des tentatives en matière de commercialisation de leurs contenus. Dans ces conditions, « la publicité n’a pas encore trouvé ses marques sur les sites ouest-africains », les tentatives de rentabilisation des sites restant encore très marginales.
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