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Les pays africains producteurs de pétrole préconisent la solidarité Version imprimable
25-06-2008

L’Association des pays producteurs de pétrole africains (APPA) semble bien avancer dans la mise en place de mécanismes de solidarité entre pays africains, face à la hausse des prix du pétrole.

Par Achille Mbog Pibasso, Douala

L’Afrique est en train, discrètement mais peut-être plus efficacement qu’il n’y paraît, de resserrer les rangs face à la flambée des prix du pétrole. Plus qu’ailleurs dans le monde sans doute, les pays africains subissent les contrecoups de la hausse vertigineuse du prix du baril de pétrole. Le niveau très peu élevé de développement de ces pays ne les préparait nullement à faire face à un baril de pétrole qui flirte avec les 140 dollars. La solidarité est, plus que jamais, devenue une nécessité. Depuis quelques semaines déjà, les pays d’Afrique membres de l’Association des pays producteurs de pétrole africains (APPA), qui ont sans doute senti venir les fluctuations du marché, ont multiplié les stratégies, non seulement pour tirer avantage de cette situation exceptionnelle, mais également pour mettre en place les garde-fous nécessaires pour leur éviter de tomber dans une sorte d’euphorie pouvant avoir, à terme, un effet boomerang sur leurs économies.

Programme triennal
Ainsi, au cours du 25e Conseil des ministres des pays producteurs de pétrole tenu il y a un peu plus de deux mois à Yaoundé, la capitale camerounaise, les experts s’étaient déjà montrés prudents face à l’envolée des cours du pétrole. L’adoption du 7e programme d’actions triennal 2008-2011 par l’APPA a, dans cette perspective, préconisé la recherche accrue de mécanismes susceptibles d’aider à résorber la fracture énergétique qui sépare les pays africains, qu’ils soient producteurs ou non de pétrole.
Adolphe Moudiki, directeur général de la Société nationale des hydrocarbures du Cameroun (SNH) et président sortant de l’APPA, estime que, compte tenu du niveau de développement du continent, la hausse des cours du pétrole entraîne « des conséquences néfastes sur les économies des pays africains, producteurs ou non de pétrole ». Parmi ces conséquences, a souligné M. Moudiki, « il y a l’augmentation des prix des produits pétroliers et l’insuffisance de l’offre d’énergie dans la plupart des pays africains, ce qui freine le développement industriel de nos pays et, partant, leur relance économique. Cette situation appelle un devoir de solidarité entre pays africains, aussi bien producteurs que non producteurs de pétrole, qui subissent de plein fouet les inconvénients des cours élevés du pétrole et traversent, presque tous, une crise énergétique ».
Une telle situation interpelle particulièrement l’APPA, dont « l’un des défis majeurs est le renforcement de la coopération africaine en matières pétrolière et gazière » et qui « doit trouver des solutions pour la mise en valeur efficiente des ressources afin de résoudre les problèmes énergétiques du continent ». Pas question donc de se contenter de l’envolée actuelle des cours, les fluctuations du marché pouvant changer la donne actuelle à tout moment.

Fonds de stabilisation
Tenant compte de l’intérêt géostratégique accru du continent africain en tant que pourvoyeur de ressources énergétiques, des experts conviennent que le renforcement de la coopération multiforme au sein de l’APPA est inévitable si l’on veut faire face aux défis qu’impose l’environnement pétrolier international. Il s’agit, entre autres choses, de la promotion des investissements dans le secteur des hydrocarbures ; de la formation professionnelle dans le secteur pétrolier et gazier ; de la maîtrise des relations contractuelles entre les Etats et les compagnies pétrolières internationales ; de l’échange d’informations sur le pétrole et le gaz en Afrique ; de l’accroissement de la participation des opérateurs locaux dans l’exploration et la production des hydrocarbures ; de l’exploitation des champs marginaux ; de l’approvisionnement des pays en produits pétroliers ; de l’accroissement de l’offre d’énergie ; et enfin de la protection de l’environnement…
En vingt années de fonctionnement, l’APPA, qui compte en son sein quatre membres de l’OPEP, l’Algérie, l’Angola, la Libye et le Nigeria, a contribué au renforcement de la solidarité et de la coopération parmi ses membres. Cette coopération Sud-Sud a favorisé la réalisation de grands projets transfrontaliers d’infrastructures pétrolières, à l’instar du pipeline Tchad-Cameroun, du gazoduc ouest-africain qui relie le Nigeria au Ghana ou du projet de gazoduc transsaharien qui reliera le Nigeria à l’Algérie.
Dans le domaine de la recherche pétrolière, on peut citer la convention passée entre la SNH et la société algérienne Sonatrach, qui a abouti à une étude conjointe du bassin de Logone Birni, dans le nord du Cameroun, matérialisée par l’installation de compagnies pétrolières internationales. Selon le secrétariat général de l’APPA, les réflexions en cours permettront dans les meilleurs délais de faciliter l’approvisionnement en pétrole brut et en produits pétroliers des pays importateurs ou des pays enclavés. L’objectif étant de mettre en place « un fonds africain de stabilisation des prix pour permettre d’atténuer les factures pétrolières de ces pays ».

De bonnes perspectives continentalesL’Association des pays producteurs de pétrole africains (APPA) a été créée en 1987 à Lagos, au Nigeria. L’APPA a pour objectif de promouvoir la coopération entre les pays africains producteurs d’hydrocarbures. Avec huit pays au départ, l’APPA compte aujourd’hui quatorze membres : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Bénin, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Egypte, Gabon, Guinée équatoriale, Libye, Nigeria, République démocratique du Congo et Tchad. Ces pays produisent environ 9,9 millions de barils par jour et 190 milliards de mètres cubes de gaz par jour, ce qui représente à peu près 12% de la production pétrolière mondiale et 6,4% de la production mondiale de gaz naturel. Les perspectives de croissance de l’Afrique sont bonnes, puisque le continent détient 10% des réserves mondiales de pétrole et de gaz, avec un sous-sol largement inexploité.

 
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