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La feuille de route de l’Union Méditerranéenne est déjà en livre Version imprimable
20-11-2007

Le projet du président Sarkozy avance à tâtons. Le cercle des économistes français lui propose un chemin. Lecture d’un plaidoyer raisonné.

Par Ihsane El Kadi, Alger

Si la première question qui hante les Nord-Africains est « pourquoi la France se tourne-t-elle subitement vers le Sud méditerranée ? », la réponse arrive très vite dans le nouveau livre du cercle des économistes français 5+5=32, feuille de route pour une union méditerranéenne aux éditions Perrin : c’est parce que l’Europe est punie de ne pas avoir « développé son Sud ». Ce sont les chiffres qui le disent : le Japon et les Etats-Unis consacrent 18% de leurs investissements directs à l’étranger à leur proche voisinage continental (Amérique centrale et du Sud, Asie de l’Est et du Sud), l’Europe seulement 1%. La croissance européenne restera molle dans la durée sans le développement de la rive sud-méditerranéenne, soutiennent donc les économistes Jacques Mistral et Jean Hervé Lorenzi, principaux rédacteurs de ce plaidoyer raisonné en faveur de l’Union Méditerranéenne, préfacé par Hubert Védrine.

Intégration des deux rives Le livre évoque un surcroît de croissance annuelle de 0,3% pour les cinq Etats du sud de l’Europe (Portugal, Espagne, France, Italie, Malte) et jusqu’à 1,5% pour ceux du nord de l’Afrique (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye). Comment ? Par une intégration plus forte des économies des deux rives. Le livre s’étale d’abord sur les obstacles, les disparités des PIB, les raideurs sociétales et politiques… l’histoire. Et rebondit vite pour montrer que dans les autres pôles mondiaux d’intégration comparables, de plus amples difficultés ont été dépassées. L’Europe est une tard venue dans l’outsourcing. C’est une partie de l’explication de la faiblesse des IDE européenne (et nord-méditerranéenne) au Maghreb. Mais pas la seule. Les pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) sont passés par là. « L’expérience n’est pas renouvelable à l’identique avec les pays du Sud méditerranéen », se mouille le cercle des économistes. Intégration horizontale vers l’est grâce à la proximité des cultures industrielles et de la maîtrise institutionnelle des processus par les PECO, intégration verticale vers le Maghreb à cause d’un retard en ressource humaine et en remontée de filière technologique.

Pas la panacée Le livre prévient toutefois contre la reproduction des spécialisations captives. La vocation de l’Union Méditerranéenne est de développer le Sud selon des filières qui cassent la posture « néo-coloniale ». Mais attention, les IDE ne sont pas la panacée. Le dynamisme du capitalisme national est essentiel. Or compter en priorité sur les IDE peut être fortement préjudiciable pour l’essor des PME dans les pays d’accueil. Le cercle des économistes n’évite pas les sujets qui fâchent. L’intégration Sud-Sud par exemple et son insignifiance, la faiblesse de l’intermédiation financière (en dépit d’un net mieux ces dernières années), la poursuite d’une évasion de l’épar- gne domestique du Sud vers l’Europe. Pourquoi le processus euro-méditerranéen de Barcelone n’a-t-il pas posé sur une orbite plus haute l’intégration des pays tiers méditerranéens (PTM) avec l’UE ?

Démarche équivoque Le cercle des économistes n’est pas convaincu de la pertinence de la construction d’une zone de libre-échange. Il propose plus et moins à la fois. Plus en établissant un partenariat d’égal à égal ou tout se décide en commun. Moins en n’obligeant pas tous les pays riverains à s’engager ensemble sur tout, d’où le thème de la géométrie variable de l’UM. Le moteur de l’intégration est bien indiqué ; c’est le bassin occidental de la Méditerranée avançant sur cinq pistes : un volet institutionnel, une ouverture du débat agricole (abandonné par les accords d’association avec l’UE), le développement de la filière textile, la coopération énergétique, et la refonte de la formation professionnelle.

 
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