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API : « Etre assez ingénieux pour faciliter le financement du secteur privé » Version imprimable
27-04-2011

L’API Mali accompagne le développement des entreprises privées maliennes et accueille les investisseurs étrangers qui s’intéressent au Mali. Mansour Haidara, directeur général, dévoile sa stratégie pour faciliter l’émergence d’un secteur privé dynamique.

Malien de culture internationale, formé au Canada aux USA, Mansour Haidara a travaillé pendant sept ans pour Generali, d’abord aux Etats Unis, puis en France, avant de faire le choix, en 2004, de rentrer au pays pour apporter sa pierre à l’édification d’un Mali émergent, d’abord dans l’entreprise Tomota puis à la direction de l’API.
Malien de culture internationale, formé au Canada aux USA, Mansour Haidara a travaillé pendant sept ans pour Generali, d’abord aux Etats Unis, puis en France, avant de faire le choix, en 2004, de rentrer au pays pour apporter sa pierre à l’édification d’un Mali émergent, d’abord dans l’entreprise Tomota puis à la direction de l’API. 

Les Afriques : Les investisseurs que vous recevez sont-ils plutôt des Occidentaux, des émergents, des Africains, des Maliens ?

Mansour Haidara : L’API est avant tout au service du secteur privé malien, c’est notre priorité. Maintenant, si on parle de l’investissement étranger ou des entreprises étrangères implantées au Mali, en termes de présence, c’est la France qui est en tête. Mais si on parle en termes de volume d’investissements, c’est plutôt l’Afrique du Sud et le Canada qui sont actifs dans le secteur minier. Nous avons également vu récemment l’émergence de nouveaux investisseurs venus de pays comme la Libye, l’Inde, la Chine, et même l’Afrique du Sud qui entre également sur les secteurs du sucre et de l’énergie.

LA : Le Guichet unique s’adresse à quels types d’entreprises ?

MH : Depuis l’ouverture du Guichet unique en juin 2009, il a été créé un peu plus de 6000 entreprises. Il s’agit principalement de sociétés de commerce général, puis de BTP et de services. Mais nous essayons maintenant d’orienter davantage ces investissements vers des secteurs plus productifs, capables de créer plus d’emplois et de valeur ajoutée.

LA : Quelle est la part des dossiers ouverts sur la demande d’investisseurs et celle des dossiers sollicités par votre agence ?

MH : Aujourd’hui les dossiers qui arrivent spontanément sont majoritaires, à 60%, voire 70%. Parmi eux beaucoup de créateurs d’entreprises sont venus suite à nos actions de promotion. Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a fallu d’abord améliorer le cadre global des affaires à travers une série de réformes. Maintenant, avec nos partenaires institutionnels, nous finalisons une stratégie qui devrait nous permettre de définir les zones où nous disposons d’un vrai avantage compétitif, afin d’assurer une promotion de l’investissement plus ciblée.

« Par exemple, pour la création du Guichet unique, nous avons tiré beaucoup d’enseignements de l’expérience de l’APIX du Sénégal. En ce moment, nous observons aussi ce que fait le Rwanda, dont l’agence réalise un travail remarquable. » 

Si nous sommes producteurs de tel produit alors que, finalement, sur tel autre produit nous disposons de meilleurs atouts, nous tenterons d’orienter l’investissement sur ce qui a le plus de chances de réussir. Pour cela, il est souvent nécessaire d’attirer de gros acteurs qui, par leur puissance, permettront de changer la structure même du secteur ou de l’environnement économique. Par exemple, Orange a changé la structure des télécoms au Mali avec tout son corolaire de créations d’emplois et de richesses. On aimerait trouver la même dynamique dans l’agriculture et l’agroalimentaire, ou dans d’autres secteurs porteurs.

LA : Justement, quels secteurs considérezvous comme porteurs pour le Mali ?

MH : En premier lieu, c’est l’agriculture au sens large, les cultures, l’élevage et les industries qui en découlent. Nous avons également des atouts indéniables dans le tourisme. Et bien sûr les mines. Naturellement, dans chacun de ces secteurs nous allons identifier les niches que nous essayerons de développer au mieux. Il y a aussi un secteur qui est transversal et qui est nécessaire à tous les autres, c’est celui des énergies, conventionnelles ou renouvelables.

LA : Combien de projets avez-vous dans le pipe ?

MH : Nous avons un portefeuille de projets publics pour lesquels les financements sont souvent acquis et qui sont à la recherche de partenaires techniques. Et puis nous avons des projets à la recherche de finances, qui sont essentiellement des projets privés. Le tout doit représenter près d’un millier de dossiers, en comptant les grands projets très structurés jusqu’aux projets à peine entamés qui tiennent sur deux feuilles de papier. Nous avons des projets de zones franches industrielles spécialisées sur un seul produit ; par exemple, dans la région de Mopti, nous avons négocié avec les autorités aéroportuaires afin de créer, autour d’un aéroport peu utilisé, une zone dédiée uniquement à l’industrie de la viande. Même chose à Sikasso, dans le sud, avec les fruits et légumes. Des opérateurs sont déjà intéressés par de telles zones afin d’exporter.

LA : Constatez-vous une bonne adéquation entre les projets qui vous sont proposés et les besoins du marché malien ?

MH : Oui, déjà parce qu’il y a beaucoup de besoins à satisfaire, dans tous les domaines. Donc toute initiative est généralement bienvenue. Mais d’une manière générale, les investisseurs qui viennent au Mali sont bien informés sur le pays, ils connaissent bien nos principaux paramètres. La seule surprise qu’ils rencontrent parfois tient à notre difficulté à fournir de l’énergie en quantité industrielle.

LA : A part le déficit en énergie, quels problèmes spécifiques rencontrent les investisseurs au Mali ?

MH : Ils ont encore de la peine à trouver les instruments financiers adaptés aux besoins du secteur privé. De notre capacité à régler ce problème dépendra notre croissance économique et toute la création d’emplois qu’elle induit. C’est l’un des enjeux majeurs des prochaines années. Il va nous falloir être assez ingénieux pour faciliter le financement du secteur privé. Par exemple, dans certains pays, comme la Tunisie, les grands investisseurs étrangers ont contribué à cet effort de financement des PME. Dans les Emirats, le partenariat avec le secteur privé local est même une obligation.

LA : Concernant le secteur minier, le Mali peut-il envisager d’aller lui-même valoriser ses gisements sur le marché boursier international avant de négocier avec les opérateurs privés ?

MH : Le Ministre en charge de ce secteur serait plus autorisé pour répondre à cette question. De mon point de vue, qui est personnel, oui. Nous avons des ressources minières très importantes, les plus gros investissements effectués au Mali sont destinés à ce secteur, et plus particulièrement à l’or, et aucune concession malienne ne peut être cédée sans que l’Etat ait une part qui avoisine généralement les 10%. Comment peut-on valoriser ces 10% ? Peutêtre en rassemblant ces participations dans une société financière capable ensuite de lever des capitaux beaucoup plus importants. Dans cette hypothèse, les montants dont on parle seraient assez élevés pour financer de grosses infrastructures. Quand je vois le cours de l’once, je me dis que si nous disposions aujourd’hui d’un tel mécanisme, nous en profiterions beaucoup. Je crois que cette perspective fait son chemin au sein des ministères concernés.

LA : Au sein de l’Uemoa, êtes-vous plutôt en synergie ou en rivalité avec les agences de promotion des autres pays membres ?

MH : Nous ne sommes pas vraiment rivaux. Nous avons deux réseaux d’agences, l’un au sein de la Cédéao, et un autre réseau francophone dont le Mali assure la vice-présidence. Nous essayons surtout d’échanger nos expériences, de reproduire ce qui a bien marché chez tel ou tel membre. Par exemple, pour la création du Guichet unique, nous avons tiré beaucoup d’enseignements de l’expérience de l’APIX du Sénégal. En ce moment, nous observons aussi ce que fait le Rwanda, dont l’agence réalise un travail remarquable. Ce pays est devenu le premier réformateur au monde. En dehors des agences, il y a évidemment des projets transfrontaliers, mais ils sont rarement traités à notre niveau pour la simple raison que les API ont des statuts différents suivant les pays.

LA : Quels sont les atouts et handicaps du Mali par rapport aux autres pays de l’Uemoa ?

MH : Nous avons une réelle stabilité politique et une constance au niveau de notre taux de croissance. Le Mali avance tranquillement, mais sûrement, et dans le calme. Nous avons également réussi, par le développement de nos infrastructures de transport, à transformer un handicap majeur, notre enclavement, en un atout. Nous pouvons aujourd’hui assurer notre logistique internationale par plusieurs corridors : vers Dakar, Cotonou, Lomé, Nouakchott, et bien sûr Abidjan, dont nous ne sommes plus dépendants comme autrefois. D’ailleurs, regardez en ville les panneaux publicitaires des ports autonomes ouest-africains. On voit tout de suite que d’une situation de dépendance, nous sommes passés à un statut de client recherché. Ce qui nous permet d’obtenir de meilleures conditions.

Propos recueillis par Dominique Flaux

L’api
L’agence se compose aujourd’hui de 39 personnes, réparties à parts équivalentes entre des salariés de la fonction publique et des contractuels. Trois départements se partagent le travail : un pour la promo-tion et la facilitation des investissements, un pour le Guichet unique de création d’entreprises, et un service informatique qui gère notre base d’informations et de contacts d’investisseurs.

 
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