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Moustapha Niasse-Tanor Dieng : je t’aime, moi non plus Version imprimable

Les leaders des deux grandes formations politiques de la coalition (AFP, PS) que sont Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng risquent de se neutraliser lors des élections de 2012.

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Tanor Dieng n’accepte pas le leadership de Moustapha Niasse.

Après plusieurs mois de conciliabules pour trouver le candidat du rassemblement et de l’unité de la coalition Benno Siggil Senegal (opposition) pour la présidentielle du 26 février 2012, les leaders des deux grandes formations politiques de la coalition (AFP, PS) que sont Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng ne se sont pas, au final, entendus. Ils se sont essayés à tout pour y arriver. En vain. Erreur de casting ou choc d’ambitions surréalistes ?

Cette cohabitation de façade a tourné en eau de boudin. Le chef du gouvernement, Souleymane Ndéné Ndiaye, dans une formule ironique de lancer : « Benno nous a joué un film hindou avant de se transformer en film de cow-boy. »

 

Vieilles rancunes

Bon nombre d’observateurs estiment que les deux hommes peinent à vider leur contentieux, qui remonte au congrès du parti socialiste de 1996, convenu d’appeler « Congrès sans débats » et à la présidentielle de 2000, qui a défait la puissante machine du régime socialiste. A cette époque, Abdou Diouf était aux affaires et était le mentor d’Ousmane Tanor Dieng, au fait de sa gloire. En face du régime socialiste, un ex-éléphant de l’école senghorienne, Moustapha Niasse qui, ne se sentant plus à l’aise dans le régime, a rompu les amarres. Il devient un nouvel opposant, charismatique, avec la magie du verbe et un coffre-fort lourd. En lice pour la présidentielle de 2000, il occupe la troisième place et reporte ses voix (17%) lors du second tour présidentiel sur le candidat et opposant historique, Abdoulaye Wade (actuel chef de l’Etat). La chute est brutale pour les socialistes, qui gardent encore un goût amer de leur ancien camarade.

 

Dans l’opposition

Tanor et ses camarades commencent leur apprentissage dans l’opposition sénégalaise. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Ironie du sort, Abdoulaye Wade se débarrasse, après moins d’un an de grande cohabitation, de son ancien Premier ministre Moustapha Niasse, non moindre faiseur de rois.

Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng se retrouvent alors sous la bannière de la coalition Benno Sigil Senegal (Unité pour sortir le Sénégal la tête de l’eau). La machine fonctionne. Les élections locales de 2009, largement remportées par la coalition Benno, ont été un tournant décisif et historique. Dakar, Saint-Louis, Diourbel, Fatick, Thiès, Louga, considérés comme des « villes aux grands électeurs » passent sous le pavillon de la coalition. Un signal fort, qui donne du tournis au président Wade. Lequel bat le rappel des troupes à coups de millions et de voitures cossues.

 

Coup de théâtre 

Toutefois, l’enjeu d’une présidentielle est différent des locales. Aux côtés d’autres opposants charismatiques, Amath Dansokho (PIT), Abdoulaye Bathily (LD/MPT), Madior Diouf (RND), les deux poids lourds de cette coalition de partis politiques tentent de sauver les apparences. Le challenge consistant à battre le président Wade est lourd. Les négociations sont engagées pour la recherche d’un candidat du rassemblement et de l’unité.

La sagesse du patriarche Amadou Maktar Mbow, parrain des Assises nationales, est mise à contribution pour arrondir les angles. A sa rescousse, un Comité de facilitateurs, composé de cinq sages, est mandaté pour trouver le candidat de la coalition. Les deux leaders, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng, après plusieurs rounds d’échanges, ne tombent pas d’accord. Des missi dominici entrent dans la danse pour consolider la dynamique unitaire.

Des scénarios sont envisagés : Niasse Président, Tanor Premier ministre ? Tanor Président, Niasse président de l’Assemblée nationale ? Le pays s’impatiente.

L’arbitrage du vote interne tourne à la faveur de l’ex-premier ministre de Wade, Moustapha Niasse. Coup de théâtre ! Tanor Dieng refuse de se plier et parle de complot contre son parti (PS). C’est le grand clash. En quelque sorte, cette cohabitation de façade a tourné en eau de boudin. Le chef du gouvernement, Souleymane Ndéné Ndiaye, dans une formule ironique de lancer : « Benno nous a joué un film hindou avant de se transformer en film de cow-boy. » Dur ! piaffe-t-on dans les milieux politiques avisés.

A défaut de ne pas se ranger derrière le candidat Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng déclare sa candidature à la présidentielle de février 2012. Une frange importante de la population estime que Tanor n’a pas pu s’affranchir de ses lieutenants aux dents longues. Ces derniers n’ont pas pardonné à Moustapha Niasse de leur avoir ôté le beurre de la bouche en 2000. Amputé d’un bras, pour querelle de leadership, Benno Sigil Sénégal, qui a choisi Niasse, ménage sa monture. Le chemin vers le Palais Roume est long. Car d’autres le convoitent aussi, à l’instar d’un des grands favoris de cette présidentielle, Macky Sall et un gros outsider, Ibrahima Fall. Qui rira le premier ?

 

Ismael Aidara

 
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