« Il faut favoriser l’émergence de la création locale de contenus Internet » Version imprimable
11-06-2009

De la différenciation discriminatoire du contenu des sites Internet à vocation planétaire.

En 2008, le site de partage de vidéos YouTube avait volontairement bloqué l’accès à une partie de ses services aux internautes installés en Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Europe de l’Est, justifiant cette décision par des raisons financières et le coût élevé de la diffusion des vidéos. Cette année, le tour est revenu à la multinationale News Corporation, propriété du magnat Rupert Murdoch, qui a créé, pour ses abonnés installés hors Amérique, une version « test » (bas de gamme) de son célèbre site web Myspace. Le nouveau site Internet sobrement baptisé « Profil Lite » sera moins coûteux à entretenir et nécessitera moins de bande passante, affirme la compagnie qui oublie de préciser qu’il offrira, dorénavant, un service minimum dénué de l’entièreté des applications et rubriques qui font le succès de Myspace.

De son côté, Facebook, l’autre réseau social en vogue, entend réduire (et donc altérer !) dans les mois qui viennent la qualité de visionnage, à partir de certaines régions, de vidéos et de photographies publiés sur ses pages Web, et cela dans un effort visant à réduire les lourdes dépenses en matière de bande passante également.

Cette énième discrimination à l’accès à la toile se fonde donc sur la faiblesse économique et financière des internautes des pays en voie de développement et sur la faiblesse de leur marché publicitaire continental.

Pour ces structures, comme pour toute entreprise médiatique ou fournisseur de contenu, la publicité constitue l’une des principales sources de revenus. Mais le secteur de la publicité est en difficulté. On y assiste depuis des mois à l’éloignement des annonceurs et au tarissement des investissements.

 

Touché de plein fouet

Signe des temps, le géant américain des médias Time Warner, propriétaire de AOL, a annoncé mercredi 29 avril un bénéfice en baisse, touché de plein fouet par la diminution des revenus publicitaires. Les géants se voient contraints de revoir leur stratégie de déploiement et de présence sur la planète, quitte à opter pour la consécration de la désuniformisation de l’internet.

Si au Nord on assiste à l’effondrement des investissements publicitaires, les perspectives au Sud sont encore moins reluisantes.

Comment faire face alors à cette problématique émergente ? Incontestablement, la solution ne viendra pas de ces entités économico-financières. Elle repose avant tout sur l’action des acteurs étatiques et les efforts des organisations régionales africaines, accouplés à la stratégie continentale développée par l’Union africaine, et appuyés, si possible, par d’éventuels partenaires internationaux. C’est cet ensemble architectural qui s’attaquera le mieux à l’urgence de la réduction de la fracture numérique qui retarde l’édification de politiques éducationnelles effectives et pertinentes, et garantira l’égal accès pour tous aux meilleurs contenus de la toile, qu’ils soient gratuits ou payants.

 

L’importance d’accélérer le développement de l’infrastructure

Aujourd’hui, les Etats du continent sont appelés à accélérer à la fois le renforcement de leurs capacités technologiques et l’africanisation de la toile, c’est-à-dire la promotion de contenus africains. Sur le plan des infrastructures, comme l’a déjà prévu le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), la priorité demeure l’installation de la fibre optique, qui représente le meilleur des moyens actuels pour transporter de très hauts débits d’informations numériques, avec en prime une durée de vie d’au moins quarante ans alors que celle des autres moyens de transport des communications varie entre sept et quinze ans.

« Il incombe aux banques de développement et à d’autres partenaires de financement de jouer leur rôle lorsque les insuffisances retardent le développement de la région », déclarait à Kigali, en octobre 2007, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka, durant le sommet « Connecter l’Afrique » consacré aux moyens d’améliorer l’infrastructure des technologies de l’information et des communications (TIC) en Afrique, et notamment de renforcer la connexion Internet à haut débit sur le continent. L’infrastructure est essentielle pour la concrétisation de l’objectif d’inclusion numérique, assène-t-on dans les forums internationaux, alors que la concrétisation de cette nécessité tarde et que les déclarations en ce sens ressemblent de plus en plus à des vœux pieux.

Si en 2002 a été inauguré le premier système de câbles sous-marins à fibres optiques, long de 28000 km, reliant l’Afrique, l’Europe et l’Asie, tous les moyens n’ont pas été mis en œuvre pour exploiter et rentabiliser cet outil. Il reste encore à installer ce câble dans d’autres parties du continent, comme en Afrique de l’Est, où les travaux d’installation du câble à fibres optiques sous-marin n’ont débuté qu’en 2008. Puis, après l’installation du câble, il revient aux Etats de poursuivre le développement du réseau à l’échelle nationale et régionale. A quelques exceptions près, très peu de pays s’activent à la réalisation de cette ambition. Ils devraient pourtant s’y atteler !

S’agissant de l’africanisation du Net, elle doit s’intégrer dans la démarche globale visant à la pleine appropriation des technologies de l’information et de la communication. Ce qui implique de favoriser l’émergence de la création locale de contenus Internet.

C’est à ce prix que les acteurs et investisseurs de l’internet s’ancreront, sans différenciation, sur le marché continental.

Ghislain Ondias Okouma

Docteur en Droit public. Consultant médias et politique. New York

 
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