Trois milliards de téléphones portables pour stimuler la croissance Version imprimable
28-11-2008

Londres a abrité début novembre une conférence internationale sur les télécommunications, sur le thème « De l’international au national, édifier un business mondial ». Notre correspondant à Londres a pris la mesure de l’évolution du marché des télécommunications en Afrique, et surtout de son impact et de ses perspectives d’évolution.

Par Charles Bambara, Londres

 

Tous les grands noms des télécommunications ont répondu présents à ce rendez-vous annuel du Financial Times : Oracle, Telenor, Microsoft, Telstra, Orange Telecom, AT & T, Nokia, Skype, Telefonica, Telkom, BT, Safaricom, T Mobile, Celtel International, Zain.

Aujourd’hui, plus de trois milliards de personnes dans le monde utilisent un téléphone portable.

 

Télécommunications et croissance économique

1% de pénétration des télécommunications sur un marché donné peut induire 3 ou 4% de croissance du PIB. C’est l’affirmation faite par plusieurs participants à cette conférence. Et aujourd’hui, au Nigeria, précisera la Dr Bashiru Gwandu, Commissaire exécutif de la commission de télécommunication du Nigeria, tout le monde utilise le téléphone portable pour faire fructifier ses affaires : les commerçantes au marché, le pêcheur qui, en pleine mer, s’informe des meilleures opportunités du jour sur les marchés locaux, le jardinier qui produit des tomates, les services d’urgences des hôpitaux, les transactions d’affaires et les informations dans la fonction publique, aucun de ces secteurs ne peut aujourd’hui se passer du téléphone portable. L’an dernier, la Commission de télécommunications du Nigeria a fait rentrer dans les caisses de l’Etat 1,2 milliard de dollars de revenus. Un Nigérian sur trois aurait accès à un téléphone fixe ou portable. Si cela est vrai au Nigeria, c’est également vrai pour d’autres pays africains. D’ailleurs, les principales compagnies internationales de télécommunication font le gros de leurs affaires et de leurs revenus dans les pays émergents, en Afrique notamment. Le groupe Zain, qui a racheté les activités de Celtel en Afrique, a une base de huit millions de clients, et la compagnie, selon Bashar Arafeh, son directeur pour l’Afrique de l’Est, a de beaux jours devant elle. Sur les vingt premières compagnies de téléphonie mobile qui existent dans le monde, quatorze évolueraient dans les marchés dits émergents.

 

Les axes de débats

L’innovation comme particularité des marchés émergents africains a été au cœur des échanges. La formidable expansion africaine du téléphone portable a, en quelque sorte, asphyxié la téléphonie fixe, qui n’a bénéficié, ces dernières années, que de très peu d’investissements, d’autant que les investissements y sont plus lourds et les marges bénéficiaires moins convaincantes sur le court terme. Dans un pays comme le Nigeria, 50 millions de personnes ont un accès au téléphone sur une population de 150 millions d’habitants. Beaucoup reste donc à faire. Le boom de la téléphonie mobile n’est donc qu’à ses débuts et ses applications dans la vie courante sont multiformes. Ainsi, on a évoqué l’accès au système bancaire par le téléphone, qui se développe rapidement en Afrique alors qu’il reste inconnu dans bien des pays européens.

 

Une chance pour le continent

Michael Joseph, directeur général de Safaricom, a évoqué ces approches innovantes, qui seront une chance pour le futur du continent. Safaricom, avec ses 12 millions de clients, est devenue pour la région Afrique de l’Est, la compagnie la plus rentable. Les populations Masaï du Kenya utiliseraient ainsi certaines applications de la téléphonie portable pour la promotion de leurs activités en tant que pasteurs, éleveurs.

Ainsi, on a évoqué l’accès au système bancaire par le téléphone, qui se développe rapidement en Afrique alors qu’il reste inconnu dans bien des pays européens.

Josh Silverman, le président du groupe Skype, spécialisé dans la téléphonie sur Internet, a affirmé que 30% des communications qui se font sur Skype utilise maintenant la vidéo, et que c’est une approche qui aurait très vite un impact en Afrique avec les réductions des coûts des outils de communication modernes.

 

L’avenir des télécommunications

La pénétration des téléphones portables reste limitée en milieu rural, du fait de l’absence d’un bon réseau d’électricité. Le développement promis des sources d’énergie alternative comme le solaire, l’énergie éolienne les fibres optiques pourrait redynamiser l’expansion de la technologie de téléphonie cellulaire.

Le patron de Nokia Afrique et Europe, Marc Selby, a indiqué que son groupe travaille maintenant sur des produits adaptés et spécifiques aux réalités africaines. Par exemple l’écoute des stations FM de radio étant très populaires en Afrique, la démarche Nokia serait de proposer des téléphones bon marché, offrant une écoute de qualité des stations FM locales. Et, à l’avenir, grâce à l’avancée technologique, il mettra également sur le marché des téléphones qui permettront un accès sécurisé aux systèmes bancaires. Il faut dire que Nokia domine le marché mondial de la téléphonie mobile avec 40% des parts.

 

Marges énormes

Ainsi, l’avenir du portable en Afrique est positif et prometteur. Les progrès technologiques permettront une meilleure satisfaction des besoins du client africain, qui sont importants. La compétition et la régulation du marché par des structures compétentes aidera également le marché à être plus performant, plus en phase avec les réalités locales et avec les attentes de développement des gouvernements africains. Les compagnies de télécommunications mobiles bénéficient de marges énormes, à l’image de Safaricom au Kenya, mais leur impact sur la croissance économique des pays africains est également très important.

(reprise de l'article du journal numéro 52, 13 au 19 novembre 2008)

 

 
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